Châteaux en Pays de Loire 32

CHATEAU de CHAMBORD 3

Château de Chambord -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord -CC BY-NC Jacques BOUBY

Au gré de notre déambulation dans les différents appartements royaux, appartements d’invités, appartements de parade, chambre du gouverneur, musée du comte de Chambord… nous découvrons, outre la présentation de manuscrits enluminés du IXè au XVIè siècle, des livres rares, dessins (trois feuillets originaux du Codex Atlanticus de Léonard de Vinci, cinq dessins originaux sur vélin de Jacques Androuet du Cerceau), gravures, tableaux : personnages historiques, portrait bien connu de François Ier, par Titien (Tiziano Vecellio) du Musée du Louvre, bustes sculptés, maquettes et objets d’art…

Portrait de François Ier, roi de France (d’après Jean et François Clouet), représenté un bâton de commandement à la main, portrait en pied, rare dans l’iconographie de François Ier

Château de Chambord, d'après Jean et François Clouet, François Ier roi de France -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, d’après Jean et François Clouet, François Ier roi de France -CC BY-NC Jacques BOUBY

Cette peinture de la série des treize résidences royales ( d’origine dans la galerie des Cerfs du château de Fontainebleau ) nous rappelle opportunément que Chambord est un vaste terrain de chasse de 5440 ha, de la taille de Paris intra muros, dit-on, et clos par François-soi-même d’un mur d’enceinte de 32 km et que du cimetière aux habitations en passant par la mairie et l’ensemble des bâtiments de la commune, tout ici appartient (toujours) à l’État.

Château de Chambord, domaine de Chambord-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, domaine de Chambord-CC BY-NC Jacques BOUBY

Et si le président Chirac a supprimé les chasses présidentielles, le président Macron les a rétablies et a même fêté son quarantième anniversaire ici et, bottes aux pieds, a assisté au rituel claironnant de la fin de la Chasse. Il tient à profiter « du lustre des chasses de Chambord pour faire rayonner la France, en invitant des décideurs politiques, économiques et culturels. » C’est dit ! et François 1er aurait largement opiné.

Château de Chambord, Pierre-Denis Martin, Retour au château par temps de bourrasque -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Pierre-Denis Martin, Retour au château par temps de bourrasque -CC BY-NC Jacques BOUBY

Cette huile de Pierre-Denis Martin, Retour au château par temps de bourrasque, nous rappelle à quel point aussi le château était un îlot. C’est Louis XIV qui fera canaliser le cours du Cosson, remblayer les terres aux abords et élever une terrasse qu’il fera ceinturer par des murs de soutènement. Et donc rendra possible des projets de création d’un jardin à la française dont le Roi confiera cette réalisation à l’architecte français Jules Hardouin-Mansart.

Château de Chambord, Pierre-Denis Martin, Retour au château par temps de bourrasque -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Pierre-Denis Martin, Retour au château par temps de bourrasque -CC BY-NC Jacques BOUBY

Mais, il n’est pas rare aujourd’hui que suite aux crues du Cosson et de ses méandres, Chambord encerclé par les eaux ne soit fermé au public,

Château de Chambord, Friedrich Bouterwek, L’Entrevue de François Ier et d’Henry VIII au Camp du Drap d’or -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Friedrich Bouterwek, L’Entrevue de François Ier et d’Henry VIII au Camp du Drap d’or -CC BY-NC Jacques BOUBY

L’Entrevue de François Ier et d’Henry VIII au Camp du Drap d’or le 7 juin 1520, de Friedrich Bouterwek, peintre allemand installé à Paris, copie commandée par Louis Philippe qui avait admiré le tableau au château d’Hampton Court lors de sa visite à la reine Victoria. L’original qui appartient à la Collection royale de Londres a été peint pour Henry VIII vers 1545.

Il s’agit de la commémoration de l’entrevue diplomatique entre le roi d’Angleterre, Henry VIII et le roi de France François 1er dans la plaine du Val Doré, alors enclave britannique près de Calais.

Spectacle éblouissant de 300 tentes de drap d’or et d’argent (500 disent certains) dont le faste mit à sec le trésor de l’état !

Château de Chambord, Friedrich Bouterwek, Camp du Drap d’or, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Friedrich Bouterwek, Camp du Drap d’or, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY

Ici Henri VIII, géant vêtu d’un manteau de drap d’or dominant tous ses chevaliers, hallebardiers et soldats, précédé de Thomas Grey exhibant l’épée britannique et suivi de Thomas Wriothesley exhibant le collier prestigieux de l’ordre de la Jarretière

En haut la somptueuse tente de François 1er en brocard d’or à l’intérieur de velours bleu piqué de fleurs de lys, sous laquelle comme on peut le voir en zoomant (pas trop !) eut lieu l’entrevue : François 1er ceinturé et chaussé d’or embrassa fougueusement Henry lui même couvert de bijoux de pied en cap et… sur la bouche, comme il était d’usage, même qu’il snoba Henri VIII avec sa merveilleuse et nouvelle maîtresse Françoise de Chateaubriand qui alluma illico le regard de l’Anglais.

Château de Chambord, Friedrich Bouterwek, Camp du Drap d’or, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Friedrich Bouterwek, Camp du Drap d’or, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY

En bas l’extraordinaire château du Roy d’ Angleterre, admirablement FAUX, fait de toiles en trompe-l’oeil tendues sur des châssis de bois arrimés sur un socle de brique avec murs crénelés, tourelles, décors sculptés et fenêtres en verre soufflé. Hénaurme ! Plus de 2000 ouvriers requis !

Et, devant, cette fontaine monumentale Renaissance d’où jaillit naturellement…, je vous le donne en mille,… du vin et de la bière. Si faict ! D’ailleurs, vérifiez qu’il y en a des qui sont en piteux état, tout autour !

🔎Tous les jours, joutes, tournois, jeux de paume et force ripaille sans compter que toutes les demoiselles d’honneur de Louise de Savoie et de la reine Claude, venaient très régulièrement et … fort diplomatiquement retrouver à la nuit les princes britanniques «sous des buissons hospitaliers», confirme le chroniqueur tandis que les belles anglaises venaient goulûment goûter les capitaines français sur le trèfle frais. Conséquemment, dans le doux vent du large « des centaines de petits pactes franco-anglais étaient ainsi conclus dans l’herbe de l’été » souligne le malicieux chroniqueur.

Mais, au fait, pourquoi donc tout ce remuement fort exalté ? Qui dura tout de même 17 jours ! Il s’agissait pour François 1er de conforter l’entente franco-britannique pour faire front contre les appétits du «nouveau» Charles Quint. Et donc ???

En vérité, la France se ruina pour… RIEN car, quelques jours plus tard, avant même qu’Henry VIII ne s’embarque pour l’Angleterre, il conclut une alliance avec Charles Quint … qui était venu le voir en catimini pour bai.er de conserve le prétentieux François.

Ah ! Perfide Albion ! Et François 1er s’empressa de congédier sa fureur dans… un petit goûter d’amour fort agité avec sa délicieuse Françoise.

Panorama de Jerusalem :  tableau très détaillé, carré de deux mètres, relevant de l’art de la miniature et très… flamand (1517). Il représente les différentes étapes de la Passion du Christ dans le paysage urbain de Jérusalem, recentré autour du Temple de Salomon

Château de Chambord, Panorama de Jerusalem, 1517 -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Panorama de Jerusalem, 1517 -CC BY-NC Jacques BOUBY

Guidés par des groupes de personnes plusieurs fois répétés, nos yeux scrutent les rues, s’attardent sur les bâtiments, sur les scènes pittoresques, tableaux dans le tableau, en parcourant la Via dolorosa jusqu’en haut du Calvaire.

Château de Chambord, Panorama de Jerusalem, 1517, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Panorama de Jerusalem, 1517, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Panorama de Jerusalem, 1517, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Panorama de Jerusalem, 1517, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Panorama de Jerusalem, 1517, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Panorama de Jerusalem, 1517, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY

Notez en bas à gauche, cette religieuse en prière, sur son prie-Dieu devant un livre d’heures ouvert : il s’agit de la reine du Portugal. La commanditaire ?

Château de Chambord, Panorama de Jerusalem, 1517, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Panorama de Jerusalem, 1517, détail -CC BY-NC Jacques BOUBY

Très proche me semble-t-il de Brueghel l’Ancien. Un original, je pense, la provenance initiale étant mentionnée sur la plaque «Igreja da Madre de Deus». Peut-être ce tableau est-il un prêt du Museu Nacional do Azulejo, à Lisbonne ?

Notez à ce propos qu’entre 1939 et 1945, le château de Chambord eut un rôle peu connu : il servit de refuge pour les œuvres d’art en péril, dû à l’effrayant pillage allemand et fut choisi comme gare d’aiguillage vers d’autres destinations.

Certaines toiles firent l’aller retour à Paris après les rassurants (?) accords de Munich. Mais en 1939, redéménagement et … considérable : 199 camions convoyèrent les collections du Louvre, et d’autres musées vers onze abbayes et châteaux de l’ouest et du centre de la France. C’est ainsi que la Joconde en personne séjourna à trois pas de chez nous à l’abbaye de Loc-Dieu. Si si !

Mais tous ces « détails », rencontrés dans notre flânerie, aussi précieux soient-ils ne peuvent nous faire oublier les merveilleuses vues plongeantes sur la bâtisse que ne manquent pas de nous procurer au fur et à mesure qu’on monte, les baies, coursives et terrasses.

Château de Chambord -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord -CC BY-NC Jacques BOUBY

Ici, vue sur l’aile et la tour de la Chapelle

Château de Chambord -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord -CC BY-NC Jacques BOUBY

… l’escalier de la tour de la Chapelle. Eh oui ! n’allez pas penser que Chambord ne dispose que DU monumental escalier central, tenez-vous bien, c’est… 83 escaliers qui dans tout l’édifice permettent allègrement de descendre et monter et… de monter et descendre ! Si faict !

Château de Chambord, escalier de la tour de la Chapelle-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, escalier de la tour de la Chapelle-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, escalier de la tour de la Chapelle-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, escalier de la tour de la Chapelle-CC BY-NC Jacques BOUBY

Ici, vue sur l’escalier de la tour nord.

Château de Chambord, escalier de la tour Nord-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, escalier de la tour Nord-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, escalier de la tour Nord-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, escalier de la tour Nord-CC BY-NC Jacques BOUBY

Et vue sur les nouveaux jardins ! Attention ces beaux jardins avaient entièrement disparu depuis la Révolution. Après quinze ans de recherches historiques et archéologiques, menées en partie par les étudiants paysagistes de l’École de Versailles, les 6 hectares et demi de chantier seront achevés en sept mois de travaux qui restaureront à l’identique ces jardins du XVIIIè, ouverts depuis mars 2017.

Château de Chambord, Jardins-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Jardins-CC BY-NC Jacques BOUBY

Anecdote : lors de notre balade sur les hauteurs, un couple d’américains flattés nous fit remarquer que le drapeau américain flottait sur Chambord. Vrai ! ma foi ! et on rechercha ensemble les possibles raisons de ce fait !? Sans en trouver d’éblouissantes, on en conclut en se quittant que… l’amitié indéfectible entre les deux peuples en était probablement la raison 😜

Mais… votre détective préféré finit par découvrir que… c’est un mécène, richissime homme d’affaires américain, Stephen Schwarzman, qui avait financé entièrement l’opération de reconstruction des Jardins : 3,5 millions d’euros ! Cela valait bien en effet un drapeau sur les cimes de Chambord et … une décoration de Commandeur de la Légion d’honneur au mécène-ami. Prestigieuse mais chère médaille !

Château de Chambord, Jardins-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Chambord, Jardins-CC BY-NC Jacques BOUBY

 

 

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