Châteaux en Pays de Loire 24

CHATEAU de CHINON, USSÉ, LANGEAIS…

Chinon haute sur son éperon rocheux se mire dans la Vienne, juste derrière la longue ligne de platanes.

Vue panoramique de Chinon-CC BY-NC Jacques BOUBY
Vue panoramique de Chinon-CC BY-NC Jacques BOUBY

Mais quelle histoire ici ! Bien sûr les Gaulois, bien sûr les Romains, mais aussi le Clotaire Ier et sa Radegonde d’ermite, les Plantagenêt, l’Aliénor d’Aquitaine, Phillipe Auguste etc. etc.

Alors la Reconnaissance de Charles VII  par Jeanne d’Arc !? Oui, oui, c’est Ici ! On vous l’a raconté petit, cette affaire de ouf ! Et vous avez été ébloui ! Normal ! C’est un pur miracle que cette paysanne arrivée tout droit de sa campagne emplie de Voix, de Vaucouleurs et à cheval s’il vous plaît (660 km et 11 jours !) reconnaisse à Chinon, sans l’avoir jamais vu, Juré-Craché ! le petit Roy Charles VII planqué derrière ses courtisans en habit ordinaire, poussant même le vice à déguiser en roi un de ses potes. Mais holà ! Manants ! On ne trompe pas les voix intérieures de Jeanne et oh prodige !, stupeur et tremblements, elle est allée droit, parmi la foule, sur le monarque au vilain nez.

Bon c’est vrai, c’est la délicieuse fabrique du mythe ! Aujourd’hui on nomme ça un Fake news. C’est moins beau. Et plus attristant !

En fait on avait oublié de vous dire, jadis quand vous étiez petit, que cette scène miraculeuse de la Reconnaissance avait été précédée d’une première rencontre, en petit comité et dans les appartements privés du dauphin. Eh oui ! C’est ballot ! Jeanne le connaissait déjà, le Charles VII.🤩

Agnès Sorel, Dame de Beauté, d'après Jean Fouquet
Agnès Sorel, Dame de Beauté, d’après Jean Fouquet

Mais Chinon, c’est aussi Agnès Sorel, première maîtresse officielle d’un roi de France. Quinze ans après la Pucelle qui avait bouleversé sa vie et son règne, voici «la Dame de Beauté» qui vient faire trembler et tressaillir Charles VII jusqu’au fond de sa culotte.

🔎 Faut dire qu’il a 40 ans, sue l’ennui, est maussade comme un moine qui jeûne a une Marie d’Anjou de femme qui, si elle lui donnera 14 enfants, est «laide à faire fuir les Anglais». Resplendissante, elle l’est Agnès : Charles VII tombe en catalepsie. Teint de lys et de rose, taille libre et gracieuse «dont le tour agréable n’excluait ni la justesse ni la solidité» confirme le chroniqueur. Très vite peinte par Jean Fouquet, le fier tétin d’albâtre hissé haut en manière d’oriflamme, à l’époque où, tout de même l’honnêteté des femmes se mesure à … la longueur de la robe. 

Bref, bouleversante et affriolante. Pourtant le chroniqueur Jean Chartier nous assure que «oncques (ils) ne virent toucher Agnès par le roy au-dessous du menton» Fort bien ! Et quelle prudence.😜

Il fallut pourtant bien admettre que dans le déduit le bon Roy devait la toucher… un peu plus bas car quelques mois plus tard, la belle se trouva enceinte. A moins  qu’il ne soit en effet plausible que «les enfants se fissent par l’oreille», … comme Gargantua me semble-t-il ou… Jésus Christ disent d’autres.

Si la peinture ci-dessus exalte sans ambages la carnation superbe de la « Dame de Beauté » dont la blancheur est savamment rehaussée par le noir profond et velouté de la robe ainsi que le fond du tableau, le projet du peintre est aussi de nous montrer une élégante femme de culture tenant dans sa main, non l’éternel enfant mais un livre ouvert.

Agnès Sorel, BNF
Agnès Sorel, BNF

Je récapitule : Chinon c’est 

1- une forteresse royale impressionnante (sauvée par Mérimée) et ses 3 châteaux, 

2- un vin «de taffetas» selon Rabelais (il parlait du cépage chenin). N’oubliez pas que la quête de l’oracle de la « dive bouteille » dans Pantagruel s’achève par la descente dans le « ventre de Chinon ». L’appellation Chinon, AOC depuis 1937, produite sur 2 400 hectares, regroupe 180 vignerons sur 26 communes.

« En buvant, je délibère, je discours, je résous et conclus. Après l’épilogue, je ris, j’écris, je compose, je bois » (prologue du Tiers Livre) 

3- une pucelle et l’autre, NON ! 

4- un Maître et Seigneur Rabelais dont la statue de bronze vous accueille … en habit de médecin (qu’il était)

Chinon, statue de Rabelais-CC BY-NC Jacques BOUBY
Chinon, statue de Rabelais-CC BY-NC Jacques BOUBY
Chinon et la Vienne-CC BY-NC Jacques BOUBY
Chinon et la Vienne-CC BY-NC Jacques BOUBY

Horizontalité radieuse de l’eau de la Vienne dont l’immobilité ne semble être animée que du mouvement des nuages et du frisson du vent

Chinon, tour du Coudray-CC BY-NC Jacques BOUBY
Chinon, tour du Coudray-CC BY-NC Jacques BOUBY

La redoutable tour du Coudray (où fut logée la Pucelle) et où Phillipe le Bel a encabané les Templiers, même qu’ils ont laissé des graffiti. Construite après 1205, date à laquelle Philippe Auguste prit la forteresse aux Plantagenêts.

Chinon et la Vienne-CC BY-NC Jacques BOUBY
Chinon et la Vienne-CC BY-NC Jacques BOUBY

Désolé, je suis arrivé trop tard, pour photographier la forteresse dûment et bellement éclairée. Quels couche-tard, ces Bouby !

Mais…heureux êtes-vous, car, repassant par là en l’an 1-ap. COVID, j’ai tenu à réparer le préjudice en veillant cette fois à prendre mes photos avant 23 heures, heure de l’extinction des éclairages du château. Profitez !

Chinon et la Vienne, extérieur-nuit-CC BY-NC Jacques BOUBY
Chinon et la Vienne, extérieur-nuit-CC BY-NC Jacques BOUBY
Chinon et la Vienne, extérieur-nuit-CC BY-NC Jacques BOUBY
Chinon et la Vienne, extérieur-nuit-CC BY-NC Jacques BOUBY

Abbaye de Seuilly haut lieu et épicentre des guerres picrocholines et de l’inoubliable Frère Jean des Entommeures, jeune, gallant, frisque, bien à destre, hardy, aventureux, délibéré, haut, maigre, bien fendu de gueule, bien avantagé de nez, vray moyne moynant de moynerie prompt au Service divin du Vin.

Abbaye de Seuilly -CC BY-NC Jacques BOUBY
Abbaye de Seuilly -CC BY-NC Jacques BOUBY

 Il ne reste, de Seuilly, pas grand chose d’excitant, mais Maître François naquit au village, y estudia en l’abbaye et y planta ses histoires. Alors, Respect et Frisson !

-CC BY-NC Jacques BOUBY
-CC BY-NC Jacques BOUBY

 Doudoue dans les frais bocages de la Devinière à trois pas de l’illustre logis

La Devinière, demeure de Rabelais-CC BY-NC Jacques BOUBY
La Devinière, demeure de Rabelais-CC BY-NC Jacques BOUBY
La Devinière, demeure de Rabelais-CC BY-NC Jacques BOUBY
La Devinière, demeure de Rabelais-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Coudray Montpensier-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Coudray Montpensier-CC BY-NC Jacques BOUBY

Au loin le Château de Coudray Montpensier dans sa verte et douce campagne qui eut l’honneur d’être célébré dans «Gargantua». 

«Les tripes furent copieuses, comme entendez : et tant friandes étaient que chacun en léchait ses doigts… À les bâfrer convièrent tous les citadins de Cinais, de Seuilly, de La Roche-Clermault, de Vaugaudry, sans laisser arrière Le Coudray Montpensier, Le Gué de Vède et autres voisins : tous bons buveurs, bons compagnons et beaux joueurs de quille. Le bonhomme Grandgousier y prenait plaisir bien grand, et commandait que tout allât par écuelles.»

«La Beauté sera comestible où ne sera pas.» Salvador Dali parodiant Breton !

Château d'Ussé-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Ussé-CC BY-NC Jacques BOUBY

Le bien joli château d’Ussé, conjuguant inspiration médiévale et gothique et Renaissance. Pour ne point faire oublier que Charles Perrault se serait inspiré de ce château pour son conte de la Belle au bois dormant, le château en présente une mise en scène, installée le long du chemin de ronde,

Château d'Ussé-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Ussé-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Ussé-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Ussé-CC BY-NC Jacques BOUBY

Voltaire y aurait séjourné et écrit une partie de La Henriade.

Claire de Kersaint, duchesse de Duras, propriétaire des lieux y séjourna souvent. Grande amie de Chateaubriand qui la nommait sa «sœur» et qu’elle aimait secrètement, grande dame, grand esprit, grande écrivaine très injustement méconnue, elle a connu une grande célébrité de son vivant. Elle tint, sous la Restauration, le plus important salon de Paris, fréquenté par des savants (Cuvier, Humboldt, Arago l’astronome…), des écrivains et des hommes politiques (Chateaubriand, Talleyrand, Lamartine, Benjamin Constant…). 

Les trois livres publiés de son vivant battent très largement, y compris dans la perfection de leur langue, les habituels romans de rentrée que méthodiquement certaines écrivaines s’obstinent à nous infliger. Et je ne veux nommer perso-on-ne !

Lors de longues promenades, Chateaubriand lui lisait les Mémoires d’Outretombe dont une partie a été rédigée ICI .

NB Les cèdres du Liban ramenés de Terre sainte par François René pour Claire sont encore là, près de la Chapelle.

L’Abbaye de Fontevraud-CC BY-NC Jacques BOUBY
L’Abbaye de Fontevraud-CC BY-NC Jacques BOUBY

 L’Abbaye de Fontevraud, un des plus beaux ensembles monastiques … et gouverné par des femmes pendant 7 siècles (5 abbesses de la famille Bourbon ! Et … femmes de haute culture.) qui abrite le gisant d’Aliénor d’Aquitaine, rebelle hors norme, reine de deux royaumes ennemis et morte à 80 ans !

Je ne comptais pas vous parler de ce lieu, ni vous le montrer, – thème des châteaux oblige -, mais je lis ce matin dans le supplément aux Beaux Arts magazine qu’ouvrira en Juin, cette année, en ces nobles lieux, un tout nouveau Musée qui abritera, entre autres, les 900 oeuvres de la collection de Léon et Martine Cligman dont une centaine de peintures : Derain, Soutine, Delaunay, Corot, Toulouse-Lautrec, Van Dongen etc. mais aussi des oeuvres contemporaines. Rendez-vous là-bas, donc ! ?

NB : Bertrand Tavernier décédé jeudi dernier 25 mars y avait tourné quelques scènes du film « Que la fête commence » en 1974, avec Jean-Pierre Marielle.

L’Abbaye de Fontevraud-CC BY-NC Jacques BOUBY
L’Abbaye de Fontevraud-CC BY-NC Jacques BOUBY

 Ci-dessous, le Château de Langeais.Vous savez, là où Charles VIII épousa en catimini et dans une cérémonie fort secrète et nocturne Anne de Bretagne ( cf Châteaux n° 7 Blois 1 et Châteaux n°14, Amboise 2 ). Si vous allez au château de Langeais on ne manquera pas de vous rappeler cette «affaire» avec force personnages dûment accoutrés et son et lumière itou. N’exagérons rien, le réalisme de la scène ne va pas jusqu’à la défloraison royale constatée par huissier ! Et la fastueuse robe de zibeline d’Anne de Bretagne qui coûtait un bras, n’est pas non plus présente parmi les oripeaux de la scénographie.

Langeais, château -CC BY-NC Jacques BOUBY
Langeais, château -CC BY-NC Jacques BOUBY
Langeais, château et église-CC BY-NC Jacques BOUBY
Langeais, château et église-CC BY-NC Jacques BOUBY
Langeais, église Saint Jean Baptiste-CC BY-NC Jacques BOUBY
Langeais, église Saint Jean Baptiste-CC BY-NC Jacques BOUBY

NB le pont-levis est en fonction et se relève tous les soirs après le départ du dernier touriste.

Château de Langeais -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château de Langeais -CC BY-NC Jacques BOUBY

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