Châteaux en Pays de Loire 14

CHATEAU D’AMBOISE 2

Bon, on arpenta la Salle des gardes, le promenoir des gardes, la salle des gardes nobles, la salle des tambourineurs, la salle de l’échanson (avec une belle tapisserie d’Aubusson : le banquet de la reine Esther. Inphotographiable !)

Château d' Amboise-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’ Amboise-CC BY-NC Jacques BOUBY

Salle du conseil, hotte trapézoïdale de la cheminée marquée par la tradition gothique, blason d’Anne de Bretagne (fleurs de lys et mouchetures d’hermine), emblème de Charles VIII (épée flamboyante ou palmée)

Château d'Amboise, hotte cheminée-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, hotte cheminée-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Amboise,-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise,-CC BY-NC Jacques BOUBY

Comme vous le pressentiez (cf envoi n°12 : https://jacbouby.fr/2021/01/14/chateaux-en-pays-de-loire-12/ ), l’histoire de ce couple-là n’est pas banale.

Château d'Amboise, Charles VIII, Anne de Bretagne-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, Charles VIII, Anne de Bretagne-CC BY-NC Jacques BOUBY

Quand Louis XI mourut, Charles VIII n’avait que 13 ans. Anne de Beaujeu, fille aînée de Louis XI devint donc régente. À 22 ans ! Charles VIII, son frère, avait été fiancé avec Marguerite d’Autriche, 5 ans, fille de Maximilien d’Autriche, mais Anne de Beaujeu projetait de le marier avec Anne de Bretagne lorgnée (on l’a vu) par tous les princes d’Europe qui convoitaient son … duché et qui, naturellement, se haïssaient tous. A la mort de son père, elle devint, à 11 ans duchesse souveraine de Bretagne et tous les prétendants agréés vinrent la harceler. Elle accepta d’épouser le moins pire : Maximilien d’Autriche et la cérémonie se fit comme à l’accoutumée par procuration à Rennes. En deux mots ! l’ambassadeur de l’empereur glissa sa jambe droite nue dans le lit où été couchée Anne en tenant de la main gauche la procuration de son maître et devant témoins. Point final !

Château d'Amboise, Anne de Bretagne-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, Anne de Bretagne-CC BY-NC Jacques BOUBY

A la nouvelle de cette « union » ( !?) la régente envoya 40 000 hommes et Charles VIII assiéger Rennes. Anne effrayée capitula et … accepta de devenir l’épouse de celui que non seulement elle haïssait mais qu’elle trouva fort laid avec son grand et gros nez et grosses lèvres toujours ouvertes !

Mariage en catimini bien sûr pour ne pas heurter la susceptibilité des Habsbourg ni risquer un enlèvement d’Anne. La duchesse de Bretagne, se dirige en grand secret vers Langeais, où doit être célébré son mariage (nov. 1491) montée sur une haquenée blanche et suivie de six fourgons, de ses témoins (un procureur et cinq notables rennais) qui doivent, constater sa défloraison par le roi .

On va en pleine nuit quérir un notaire et les deux conjoints se font une mutuelle donation sur le duché. Le contrat de mariage stipule aussi qu’en cas de mort soudaine de Charles VIII, Anne épousera Louis d’Orléans (futur Louis XII) cousin du Roi. Pourquoi ? Ben voyons ! pour que le duché de Bretagne n’échappe pas bêtement à la couronne !

Bonne pioche et …Bon nez creux car… vous savez déjà peut-être ce qui arriva ici même à Amboise le 7 avril 1498, samedi veille des Rameaux.

Charles et Anne vont à une partie de paume très animée. En haut d’un escalier donnant accès à la galerie, une porte basse. Charles ouvre la voie à son épouse et gravit les marches le premier et, malgré sa petite taille, il heurte de front le linteau. Il meurt quelques heures plus tard à 27 ans.

La suite pour Anne, vous la connaissez (cf envoi n°6, château de Blois 1 https://jacbouby.fr/2020/12/08/chateaux-en-pays-de-loire-7/)

Château d'Amboise, François-Guillaume Ménageot « La mort de Léonard de Vinci »-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, François-Guillaume Ménageot « La mort de Léonard de Vinci »-CC BY-NC Jacques BOUBY

Et, là, dans la chambre d’Henri II, le grand tableau (+ de 3 mètres) de François-Guillaume Ménageot « La mort de Léonard de Vinci » Wahouhhh ! prêté au château par la Ville d’Amboise en 2017 après restauration.

Alors ? vous savez maintenant pourquoi on s’en fut visiter les châteaux de Loire ? Cette année ? 2019 ! 500ème anniversaire de la mort de Léonard de Vinci. Mais aussi 500ème anniversaire de la naissance de Catherine Médicis, mais aussi 500ème anniversaire de la construction de Chambord ! La région de Centre Val de Loire a décidé d’imaginer 500 événements dans la région. 500 ? Bon, sachez tout de même que certains sont de pures m….s ! et n’ont RIEN à voir avec l’affaire. Et le marketing grand tourisme ne rime pas souvent, avec le bon goût.

🔎 Autour de ce monumental tableau s’organise une exposition « La Mort de Vinci : la construction d’un Mythe » avec s’il vous plaît une superbe exposition de gravures issues des collections nationales de la BNF dont, évidemment, vous allez profiter.

Ménageot triomphe au Salon de 1781 avec ce tableau provoquant des louanges unanimes y compris de Diderot. Le sujet : Léonard de Vinci meurt dans les bras de son ami François Ier, à Fontainebleau, le 2 mai 1519. La composition est solide, la scène émouvante mais réaliste, les couleurs sont brillantes et l’on y a grand soin des détails. Bref le tableau est considéré comme le chef d’œuvre de François-Guillaume, il a été traduit à 3 reprises en tapisserie à la manufacture des Gobelins, l’une d’elle, conservée au palais du Quirinal à Rome, nous renseigne sur l’organisation initiale du tableau puisque carré à l’origine de 3m27 de côté (10 pieds carrés), il a été amputé dans la hauteur d’environ 50 cm. Tout de même !

Château d'Amboise, François-Guillaume Ménageot « La mort de Léonard de Vinci »dét.-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, François-Guillaume Ménageot « La mort de Léonard de Vinci »dét.-CC BY-NC Jacques BOUBY

Notez : Le Fake news est sublime :

1- Léonard de Vinci n’est pas mort à Fontainebleau mais s’est éteint au Château du Clos Lucé (ex manoir de Cloux) où François 1er l’avait installé à l’automne 1516. De plus, c’est seulement 10 ans après la mort de Léonardo que François Ier résida à Fontainebleau.

2- François Ier n’a pas pu être au chevet du peintre, pas plus à Fontainebleau qu’à Amboise le jour où Léonard de Vinci y est mort en 1519, il était retenu au château de Saint-Germain-en-Laye aux côtés de la reine en train d’accoucher du futur Henri II et les ordonnances royales données le 1er mai sont datées de cet endroit. Le journal de François Ier ne signale d’ailleurs aucun voyage du roi jusqu’au mois de juillet.

L’expo va nous éclairer sur cette affaire et … je me dois de vous en faire profiter surtout que les gravures sont éminemment admirables même si, com’d’hab’, l’éclairage est pourrave ! Mais je vous garantis que vous les verrez mieux sur votre ordi que… là bas !

C’est Vasari dans le 1er exemplaire de l’édition 1568 de ses « Delle Vite de …plus excellents peintres sculpteurs et architectes » (présenté en ouverture de l’Expo) qui est responsable de TOUT.

  • Château d'Amboise, couverture Vasari. Delle Vite de' più eccellenti architetti, pittori et scultori italiani, -CC BY-NC Jacques BOUBY
    Château d’Amboise, couverture Vasari. Delle Vite de’ più eccellenti architetti, pittori et scultori italiani, -CC BY-NC Jacques BOUBY

Voici son texte : « C’est ainsi, le roi s’étant levé et lui ayant pris la tête pour le secourir et montrer sa faveur, afin que le mal fût allégé, que son très divin esprit, connaissant ne pouvoir obtenir plus grand honneur, expira dans les bras de ce roi, au soixante-quinzième an de son âge. » Ecco ! Et … c’est parti pour 500 ans de Fake news.

Extraordinaire, la naissance de « cette vérité historique » ! et les estampes, gravures, lithographies et récits divers pullulèrent in saecula seculorum ! 

Château d'Amboise, par Levasseur graveur du roi d'après tableau de Ménageot -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, par Levasseur graveur du roi d’après tableau de Ménageot -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Amboise, La mort de Léonard de Vinci -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, La mort de Léonard de Vinci -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Amboise, La mort de Léonard de Vinci -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, La mort de Léonard de Vinci -CC BY-NC Jacques BOUBY

Et c’est ainsi qu’Ingres vint ! Oui, le Jean-Auguste-Dominique !

  • Château d'Amboise, Ingres, La mort de Léonard de Vinci -CC BY-NC Jacques BOUBY
    Château d’Amboise, Ingres, La mort de Léonard de Vinci -CC BY-NC Jacques BOUBY

En 1818 il peint pour le comte Pierre de Blacas, ambassadeur de France auprès du Saint Siège « La mort de Vinci » et… se conforme à la version de Vasari.

  • Château d'Amboise, Ingres, La mort de Léonard de Vinci , dét.-CC BY-NC Jacques BOUBY
    Château d’Amboise, Ingres, La mort de Léonard de Vinci , dét.-CC BY-NC Jacques BOUBY

Notez l’insistance à faire mourir Leonardo en bon catholique : religieux agenouillé en prière, à gauche + bible + croix et clochette sur la table + cardinal, à droite ! C’est vrai que le peintre-philosophe avait ici et là frisé l’hérésie et… mais c’est moindre mal pour Rome, il s’était régulièrement et tout au long de sa vie abandonné dans les bras de jeunes hommes (Ah ! le Salaï de son Jean Baptiste) ! Pas de quoi pour autant convoquer le feu de Sodome… sinon, il n’y aurait même plus de Vatican… depuis, depuis.

🔎 Notez dans le tableau de Ménageot, à gauche, le personnage vêtu de noir qui tient le bras de Leonardo et chez Ingres à droite le jeune homme éploré qui étend les bras, c’est Francesco Melzi, l’élève chéri du maître, son secrétaire, son intendant, son héritier testamentaire et peut-être sans doute son amant.

Château d'Amboise, François 1er dessiné par Chartier-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, François 1er dessiné par Chartier-CC BY-NC Jacques BOUBY

Notez qu’ils reprennent tous peu ou prou le portrait du roi par Titien, au Louvre, dessiné ici par Chartier élève de David, le « roi grand-nez » comme l’appelait le bon peuple qui associait volontiers cet appendice suréminent à… sa proéminence sexuelle.

Château d'Amboise,La Belle Ferronnière dessiné par Ingres d'après Da Vinci-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise,La Belle Ferronnière dessiné par Ingres d’après Da Vinci-CC BY-NC Jacques BOUBY

La Belle Ferronnière

Beau et Célèbre ! mais … tableau aux inconnues multiples. Déjà le titre est … le résultat d’une erreur, usurpé d’un autre tableau de la collection royale (au Louvre aussi d’ailleurs) représentant une dame supposée être une des innombrables maîtresses de François 1er. Eh oui ! une madame Ferron, onduleuse, aux plus jolies jambes du monde, au tétin qui fait honte à la rose, portant au front le fameux bijou retenu par un fin lacet de soie (dit ferronnière).

Son avocat de mari Jean Ferron furibard se mit à fréquenter assidûment les ribaudes des bourdeaux, cherchant à toute force à contracter la vérole pour la refiler à sa femme et ainsi … en infecter le roi qui le cocufiait avec grande constance! Opiniâtre Vengeance ! Quoi ? je fabule ? Sachez, zammis, que mon informateur est l’historien Mézeray soi même !

Et ce méchant coup de pied de Vénus aurait envoyé le roi François ad Patrem. En tout cas cela ne fit aucun doute pour le peuple de France qui ayant suivi pendant 30 ans et sans relâche les frasques amoureuses de son bon roi, chanta :

« L’an mil cinq cent quarante sept

François mourut à Rambouillet

De la vérolle qu’il avait »

Le fake news était lancé et Ingres y contribua, pérennisant l’erreur, intitulant comme vous le voyez, ce dessin magnifique réalisé pour une gravure : « La Belle Ferronnière Maîtresse de François 1er »

Léonard de Vinci, la Belle Ferronnière,1495-1497, Louvre-CC BY-NC Jacques BOUBY
Léonard de Vinci, la Belle Ferronnière,1495-1497, Louvre-CC BY-NC Jacques BOUBY

Il n’en fallait pas plus à Achille Devéria pour enfoncer le clou, « François et la Belle Ferronnière se faisant portraicturer par Léonard de Vinci » 

Château d'Amboise, François 1er et la Belle Ferronnière -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, François 1er et la Belle Ferronnière -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Amboise, Achille Devéria « François et la Belle Ferronnière se faisant portraicturer par Léonard de Vinci »-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise, Achille Devéria « François et la Belle Ferronnière se faisant portraicturer par Léonard de Vinci »-CC BY-NC Jacques BOUBY

Quant à la paternité du tableau, elle n’alla pas de soi et l’on se chamailla beaucoup et… surtout au XX è siècle d’ailleurs mais Alleluia ! Je suis en mesure de vous déclarer que le débat est clos.

Les experts sont aujourd’hui CATÉGORIQUES. Examen à la loupe binoculaire, réflectographie, infrarouge, radiographie, microscopie  confocale, cartographie en fluorescence X, microscopie à balayage couplée à la microanalyse X et imagerie infrarouge, (et j’en passe) des vernis, des pigments, du dessin sous-jacent au noir de carbone, du support de fine planche de noyer. C’est bien Leonardo qui a peint cette merveille dans sa période milanaise.

Mais alors ? qui est la bella Donna ? Ah ! Là ! on repart à la chamaillerie : Anne de Boleyn ? Lucrezia Crivelli, maîtresse du Sforza Ludovico, duc de Milan et mécène de Leonardo ? Béatrice d’Este, sa femme ? Ça, c’est la dernière hypothèse du XXI è siècle… à suivre donc 🤪

Château d'Amboise,-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise,-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Amboise,-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Amboise,-CC BY-NC Jacques BOUBY

Et là bas, au fond, dans sa brique rose, le château du Clos Lucé vers lequel nous avons dirigé nos pas.

Village d' Amboise et Château du Clos Lucé-CC BY-NC Jacques BOUBY
Village d’ Amboise et Château du Clos Lucé-CC BY-NC Jacques BOUBY
  • Château du Clos Lucé,-CC BY-NC Jacques BOUBY
    Château du Clos Lucé,-CC BY-NC Jacques BOUBY

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