Châteaux en Pays de Loire 27

CHATEAU d’AZAY-LE-RIDEAU 1

Nous /vous voici à Azay le Rideau. Quel joli nom ! « Ce diamant taillé à facettes serti par l’Indre » (Balzac) est un bijou d’élégance et joyau harmonieux.

Mais oui, encore un château de femme qui reflète dans son plaisant miroir d’eau, son gracieux visage égal, dit-on, à celui de la jeune femme qui en conçut et supervisa les travaux, la belle Philippa, qui le reçut en dot de son père Antoine Lesbahi.

Château d'Azay-le-Rideau-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau-CC BY-NC Jacques BOUBY

Cette image romantique et mièvre venue tardivement et confirmée à partir de 1845 avec le marquis de Biencourt ne peut nous dispenser de cette autre image antérieure d’une forteresse militaire médiévale fort rustre mais efficace qui a soutenu plusieurs sièges dans un passé bien tumultueux. Dressée là pour défendre le passage de l’Indre sur l’axe Chinon-Tours, villes royales. On en verra les témoins dans les éléments de la façade sud.

Château d'Azay-le-Rideau-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau-CC BY-NC Jacques BOUBY

Au XIIè siècle, Hugues-le-Ridel, fait chevalier par Phillipe Auguste est seigneur d’Azay-le-Rideau, selon le principe suffixal ayant engendré mon bel/mon beau. Bref, hélas, pas plus d’impossibles visions romantiques derrière la gaze du rideau …que de…

Château d'Azay-le-Rideau, façade nord-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, façade nord-CC BY-NC Jacques BOUBY

Gilles Berthelot, trésorier du roi François 1er a fait de ce château, avec l’aide de sa femme Philippa Lesbahy, un petit bijou architectural de la « Première Renaissance ». Ce style du début du XVIè siècle allie la tradition architecturale française et l’influence de l’art italien dans le décor et l’ordonnance des façades. Les travaux du château perdurent jusqu’en 1527. Saisi par le roi François Ier, c’est un château inachevé qui est remis à Antoine Raffin, Capitaine des Archers du roi et compagnon d’armes à la bataille de Pavie.

Voici la façade nord. Splendide et lumineuse : façade d’honneur. Un chef d’oeuvre, restauré dans le cadre de l’un des chantiers majeurs du Centre des Monuments Nationaux mené jusqu’en 2017 dans lequel près de 7,5 millions d’euros ont été investis pour redonner tout son éclat à ce château. L’escalier, les lucarnes, le couronnement des cheminées et des corniches, tout a été scrupuleusement et soigneusement restauré, jusqu’aux épis de faîtage en plomb des toitures. Et notez combien l’épiderme de la pierre a retrouvé son bel éclat.

Château d'Azay-le-Rideau, façade nord-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, façade nord-CC BY-NC Jacques BOUBY

Notez que la tour de droite, très « Renaissance » mais érigée pourtant en …1845 par Armand François de Biencourt est venue se substituer à une vieille tour circulaire témoignant de l’ancienneté du fief (une gravure du XIXè en témoigne) parachevant ainsi l’homogénéité de la bâtisse. Le quadrillage élégant résultat du croisement des pilastres et des moulures s’ajoutant à l’espacement régulièrement symétrique des travées de fenêtres ne peuvent qu’attirer l’oeil du photographe.

Château d'Azay-le-Rideau, façade nord, détail-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, façade nord, détail-CC BY-NC Jacques BOUBY

Car en effet, partir de 1791 et jusqu’en 1899, le château d’Azay-le-Rideau est la propriété des marquis de Biencourt. Mis en vente peu de temps avant la Révolution, le château est acquis en 1791 par Charles de Biencourt marquis de Biencourt. Tout au long du XIXè siècle, la famille Biencourt entreprend d’importants travaux de restauration, lui donnant sa forme actuelle. Elle aménage également le parc en un superbe jardin paysager, dans le goût anglais alors en vogue.

Le deuxième d’entre eux, Armand François de Biencourt entreprend la première grande restauration de l’édifice : il choisit de donner une unité au château et s’attache à le rendre de style totalement Renaissance.

Il modifie également le parc mais, cette fois, selon le goût de l’époque : le parc régulier et ordonné à la française devient un parc romantique et sauvage, à l’anglaise, avec une retenue d’eau, aménagé sur l’Indre appelé miroir d’eau, offrant cette belle image de navire à l’ancre.

Château d'Azay-le-Rideau -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau -CC BY-NC Jacques BOUBY

Observez la richesse de cette façade d’apparat, véritable dentelle de pierre : loggias, pilastres, rinceaux végétaux, putti, coquilles, médailles, sans oublier l’inévitable salamandre et l’hermine (déjà vus), notez ce luxueux pinacle qui parachève l’ensemble avec sa lucarne en monumentale apothéose

Château d'Azay-le-Rideau, détail du fronton-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, détail du fronton-CC BY-NC Jacques BOUBY

Pénétrons dans le château par cet escalier d’exception. On voit ce qui sépare cet ouvrage de l’escalier du château de Blois fidèle à la tradition gothique, extérieur, hors oeuvre et à vis. C’est aux italiens que les français empruntent cette idée, révolutionnaire ? de l’escalier droit, dit rampe sur rampe à volées droites, parallèles de sens contraire, contrairement à la majorité des escaliers antérieurs tournant en spirale. Majestueux et … tellement plus aisé à gravir !

Château d'Azay-le-Rideau, escalier -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, escalier -CC BY-NC Jacques BOUBY

 

Château d'Azay-le-Rideau, escalier -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, escalier -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Azay-le-Rideau, escalier, maquette-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, escalier, maquette-CC BY-NC Jacques BOUBY

Mais la différence est qu’il évolue chez nous, pour devenir symbole de prestige : accès direct et principal, entièrement intégré à la bâtisse et non secondaire et placé dans une tour d’angle du château. Notez ici la position privilégiée de cette entrée d’honneur, haut lieu de représentation dont la première rampe mène, au premier étage, à gauche aux appartements réservés au roi (Louis XIII en l’occurence) et à droite, à la grande salle et appartement du maître de maison.

L’intérieur est tout aussi somptueux, admirez ces voûtes en caissons sculptés de médaillons à profil qui soutiennent les volées de marche, ces voûtes à nervures, qui soutiennent les paliers,

Château d'Azay-le-Rideau, escalier, voûtes à caisson-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, escalier, voûtes à caissons-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Azay-le-Rideau, escalier, voûtes à caisson-CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, escalier, voûtes à caissons -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Azay-le-Rideau -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Azay-le-Rideau -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau -CC BY-NC Jacques BOUBY

Salamandre (François 1er) et  Hermine (Claude de France) sont à profusion et ce depuis déjà l’extérieur de la façade.

Château d'Azay-le-Rideau -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau -CC BY-NC Jacques BOUBY

En 1529, Gilles de Berthelot accusé de malversations s’exile… d’un si beau château ??? De la couche d’une si belle femme ??? Un cousin à lui, Jacques de Beaune-Semblançay grand financier qui avait entre autre rassemblé la rançon de François 1er fait prisonnier à Pavie et enfermé dans les geôles madrilènes de Carlos Quinto, venait d’être prestement exécuté sur le gibet de Montfaucon !

Tous les seusses de ma génération nourris et abreuvés au Lagarde et Michard se souviennent de l’épigramme rageur de Clément Marot : « Lorsque Maillart Juge d’enfer menait à Montfaucon Semblançay l’âme rendre …»

La cause ? Serait-ce – oh nooooon, que ce serait vilain ! – pour n’avoir pas à rembourser cette rançon (2.000.000 d’écus d’or quand même !) que le salopard , euh, le bon et grand roi François 1er aurait fait pendre court le haut financier ?… où que réellement ce dernier thésaurisait sans ménagement, comme tous les autres intendants des finances, ruinant consciencieusement et sans vergogne le Royaume ? François 1er met en place une commission «La Tour Carrée» qui va traquer les prévaricateurs.

Bref, Gilles de Berthelot, sentant bien proche de son cou la corde de son cousin, s’évapora fissa abandonnant château et châteleine. Mais, ouf ! les deux ailes de la bâtisse (plan en L) étaient terminées ; peut-être avait-il cependant dans sa tête qu’il sauva dare dare un plan en U ?!!!

Château d'Azay-le-Rideau, salon des Biencourt -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, salon des Biencourt -CC BY-NC Jacques BOUBY

Ce salon a été restauré et la disposition d’aujourd’hui correspond à peu de choses près au temps des Biencourt qui ont occupé le château durant… un siècle. Le décor du salon est de style néo-Renaissance : la grande cheminée massive et décorée de la salamandre datant de 1856, les salamandres, les boiseries en plis de serviettes, le dressoir, la collection de peintures de portraits et de photographies.

Et je vous prie d’admirer sans réserve les magnifiques fauteuils à garniture capitonnée en crin d’animal, restaurés par les équipes du Mobilier National qui de surcroît ont pris en charge lits, tentures, tapis, rideaux et… de la plus belle des manières ! De l’ART !

C’est autour de l’imposante cheminée, ornée de lambris, garnie d’un papier peint aux motifs de cuirs que s’organise cette pièce somptueuse. Ont été déployés avec fidélité, tapis, tables de jeux, cartes, service à thé… tous éléments de l’art de vivre avec ce côté éclectique cher à l’époque… sans oublier les petits vitraux datant du XVIè réemployés lors de la restauration des fenêtres.

Château d'Azay-le-Rideau, salon des Biencourt -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, salon des Biencourt -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Azay-le-Rideau, vitraux XVIè -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, vitraux XVIè -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Azay-le-Rideau, vitraux XVIè -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, vitraux XVIè -CC BY-NC Jacques BOUBY

Et, comme toute demeure aristocratique, à l’imitation de la galerie des 368 portraits du Palais de Peterhof, résidence de Pierre le Grand, près de Saint Petersbourg la famille de Biencourt possédait une extraordinaire collection de portraits historiques riche de plus de 300 œuvres datant de la Renaissance, du XVIIè et du XVIIIè siècle. Admirée dès le milieu du XIXè siècle, cette collection présentait une véritable leçon d’histoire. Une cinquantaine de pièces est aujourd’hui conservée au musée Condé de Chantilly.

Château d'Azay-le-Rideau, collection portraits -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, collection portraits -CC BY-NC Jacques BOUBY

S’il a été impossible de faire revenir à Azay-le-Rideau l’ensemble de la collection d’antan, des acquisitions et des dépôts d’œuvres similaires permettent de retrouver l’esprit de la collection. Ainsi, le château, comme beaucoup d’autres, on l’a vu aisément, renoue avec son caractère muséal marqué par l’historicisme et la redécouverte de l’art de la Renaissance.

Treize portraits représentant d’illustres personnages tels que Diane de Poitiers, Anne d’Autriche, ou Catherine de Médicis ont été restaurés sous le contrôle scientifique du Centre des Monuments Nationaux

Peints la plupart du temps par des artistes anonymes, on a déjà largement vu à quel point ces galeries de portraits étaient en vogue, la palme revenant au château de Beauregard https://jacbouby.fr/2020/12/23/chateaux-en-pays-de-loire-10/ . Admirons les icebergs rescapés :

Château d'Azay-le-Rideau, collection portraits -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, collection portraits -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Azay-le-Rideau, collection portraits, Anne d'Autriche -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, collection portraits, Anne d’Autriche -CC BY-NC Jacques BOUBY

Détail du portrait d’Anne d’Autriche, fille de Maximilien II, reine d’Espagne et femme de Philippe II, copie de l’original d’Anthonis Mor conservé au Prado.

Château d'Azay-le-Rideau, Diane de Poitiers, Ecole de Jean Clouet -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, Diane de Poitiers, Ecole de Jean Clouet -CC BY-NC Jacques BOUBY

Détail du portrait de Diane de Poitiers, Ecole de Jean Clouet (v.1485-1541)

Château d'Azay-le-Rideau, collection portraits -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, collection portraits -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d'Azay-le-Rideau, Portrait de Charles III, duc de Lorraine, -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, Portrait de Charles III, duc de Lorraine, -CC BY-NC Jacques BOUBY

Portrait de Charles III, duc de Lorraine

Château d'Azay-le-Rideau, Portrait de Charles de L'Aubespine -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, Portrait de Charles de L’Aubespine -CC BY-NC Jacques BOUBY

Charles de L’Aubespine, issu d’une vieille famille du Berry de conseillers du Roi, Gardes des Sceaux et autres secrétaires et… grand-oncle maternel de Saint Simon, oui, le Mémorialiste.

Château d'Azay-le-Rideau, Portrait de Charles IX -CC BY-NC Jacques BOUBY
Château d’Azay-le-Rideau, Portrait de Charles IX -CC BY-NC Jacques BOUBY

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *