KARAYIL BHAGAVATHI THEYYAM

Voilà ! Le kolam que nous avons trouvé et photographié en pleins préparatifs, est désormais devant le kaavu assis sur un tabouret sacré et va accomplir les ultimes préparatifs qui vont parachever sa métamorphose en Theyyam

On l’a déjà dit, la Coiffe ou Mudi est la consécration ultime avant l’épiphanie de la divinité, la voici amenée au temple devant lequel est assise la divinité. Magnifiquement réalisé, ce Mudi représente l’aura de la divinité incarnée.

Le rouge est mis et puissamment. On a noté l’omniprésence du rouge, associé à la fureur, à la guerre, à la violence et à la colère mais aussi à la terre et sa fertilité : sang qui coule et sang qui nourrit.


C’est alors que sera récité et chanté le chant narratif sacré, le Thottam Pattu qui relate l’origine, les exploits et le pouvoir sacré de Bhagavathi Theyyam, une incarnation vibrante de Shakti, la force divine féminine primordiale dans l’hindouisme. Symbole de la puissance divine équilibrant l’Univers. Guerrière violente pour détruire les forces maléfiques, et mère juste protectrice des opprimés.

Les étoupes gorgées d’huile ont été allumées ainsi que de plus petites, autour du Mudi et le Theyyam s’est saisi de l’épée rituelle, le Khadgam. Nul doute que ces torches enflammées et cette arme menaçante dressée produisent un effet terrifiant.

L’importance du FEU s’allie au rouge destructeur et tout comme lui est un élément central dans le Theyyam : purification et pouvoir.




Le rythme soutenu des chendas a repris l’organisation de la chorégraphie et le kuzhal sa mélodie acidulée… Alors que s’ébroue la lumière de l’aube.



Et pendant une bonne heure, le Theyyam, va courir, sauter, tournoyer, danser jusqu’à la transe avec ce Mudi immense sur la tête, défiant les lois de la gravité ! performance multipliée par les torches enflammées réalimentées sans cesse en huile par les assistants et qui n’épargnent pas sa jupe en feuilles de cocotier.

Si le THEYYAM mêle fort artistiquement maquillages somptueux, vêtements spectaculaires, danse et mimiques, masques fastueux, jeux du Feu, tambours, chants et musique et autres délices artistiques à mettre à genoux tout photographe, il ne s’agit aucunement d’une représentation, d’un pur spectacle comme nous le vîmes pour le Kathakali (https://jacbouby.fr/2024/10/27/backwaters-du-kerala-8/) et le Kalarippayatt (https://jacbouby.fr/2024/10/09/backwaters-du-kerala-5/). Il s’agit vraiment d’un rite religieux qui implique tous les participants dans une communion sacrée. THEYYAM signifie Dieu et cette autre dénomination Theyyatam signifie «Danse de Dieu».

D’ailleurs la longue file des fidèles qui se pressent quand, le rituel terminé, Bhagavathi Theyyam apaisée, assise face au kaavu va recevoir doléances, offrandes et prières témoigne que nous sommes loin du «parc d’attractions», du simple divertissement.







Pause. Repos. Je m’en vais voir sous le velum de toile bleue les minutieux préparatifs des prochains Theyyam.








Les points rouges dessinés avec application sur le visage laissent augurer l’évocation de la variole dont plusieurs Theyyam semblent sollicités comme rempart contre les ravages de cette grave maladie perçue de surcroît comme une punition envoyée par une divinité mécontente.




Ah ! mais voilà que la pose de ces grandes oreilles nous éclaire sur la nature de ce Theyyam : il s’agit de Khanda Karnan Theyyam

Shiva aurait créé cette figure redoutable pour guérir la déesse Bhadrakali de la variole. Né de la gorge de Shiva mais… aurait émergé par son oreille (Karnan). D’où sans doute cette hypertrophie symbolique des esgourdes !


Et le voici à présent, sortant de la tente, se dirigeant vers le kaavu avec ses acolytes pour les ultimes métamorphoses en Khanda Karnan Theyyam. Le soleil est maintenant levé : il est 8 heures 30.

D’abord l’installation de 16 torches fixées et réparties autour de sa taille. Le feu et son rôle purificateur a une fonction majeure chez Khanda Karnan Theyyam. Il va longuement effectuer une puissante chorégraphie, tout auréolé de flammes, symbolisant la puissance et la fureur divine mais aussi destructrice du mal (en l’occurence les épidémies terribles de variole)


Pour ajouter à la puisance terrifiante est ajouté un monumental Mudi, « Kundamudi » même. N’oublions pas que c’est sur un coup de colère que le dieu Shiva créa, née de sa gorge (Kandam) et sortie par son oreille (Karnam) une idole féroce nommée Khandakarnan. Sommée de guérir à toute force la maladie (variole) de Bhadrakali, sa propre fille.

D’ailleurs je sens que vous aurez un plaisir immense et… non dissimulé à apprendre enfin pourquoi, si toutes les cicatrices sur le corps de ceux qui ont la variole disparaissent, seules les cicatrices sur le visage perdurent.🤪
Élémentaire ! Khanda Karnan s’approcha donc de sa sœur Bhadrakali et lécha toutes les pustules sur son corps et guérit ses enflures. Mais… impossible pour Khanda Karnan de guérir les plaies sur son visage car Bhadrakali étant sa sœur, il n’avait pas le droit d’en toucher le visage. Ecco ! 🤪


Et c’est débarrassé de son encombrant Mudi et de ses dangereuses torches enflammées que Khanda Karnan Theyyam va écouter, consoler, réconforter, soulager et bénir les fidèles.
