GALLERIA SABAUDA, TURIN
Donc si je n’ai pas développé minutieusement la visite du Palazzo Reale et ses multiples salles d’apparât, le tout un peu indigeste, tout de même, c’est qu’en vérité on est surtout venu pour la Galleria Sabauda qu’il abrite.

Et là ! pas de déception ! Si ! une, tout de même. Savez-vous qu’il vous est impossible d’arriver à voir toute la collection pourtant superbe. Pourquoi ? Trop vaste ? Trop importante ? Par indigestion ? Par fatigue ? Nôôon ! Parce qu’il y a toujours des salles fermées, pas les mêmes, au hasard ! Nous y sommes allés deux fois et… ne sommes pas sûrs d’avoir tout vu 🤪


Orazio Gentileschi — Annonciation,1623
Je suis totalement épaté par cette mise en scène entièrement photographique.
La composition, les lumières qui glissent sur les les visages, les étoffes, les draps blancs. Le grand rideau rouge comme un rideau de théâtre. Et cette horizontale, du lit, parmi les verticales nobles. Le temps suspendu … Comme au studio
Je n’y perçois pas le divin, pénétrant dans une chambre au lit défait. Et annonçant des événements terribles… J’y vois une immense liberté d’artiste …

Avec des facéties d’artiste : son rouquin à bouclette de Gabriel entortillé dans son vêtement mal ficelé, complètement accablé par le poids de ses ailes d’archange qui lui aplatit les lombaires, un genou à terre. Encore heureux que sortant de son lit, la Vierge ait eu le temps de s’habiller. Et somptueusement ! Et ils tiennent la Pose, les deux personnages aux mains théâtrales ! Le grand rideau rouge placé juste là pour faire ressortir l’index hautain de l’ange (en contradiction d’ailleurs avec la prostration totale de son corps) ! Énorme, d’ailleurs, presque le quart de l’image !
NON, je ne suis pas sûr que les Ecclésiastiques y aient trouvé leur compte, dans cette représentation.
Ce qui est sûr c’est que Orazio Gentileschi, qui avait peint ce tableau pendant son séjour à Gênes, avait conscience de la belle réussite de cette oeuvre puisqu’il l’envoya à Charles-Emmanuel Ier par l’intermédiaire de son fils Francesco, dans l’espoir d’être appelé au service de la cour de Turin et d’obtenir du duc de Savoie une charge de peintre de cour.

Filippino Lippi — Les Trois Archanges et le jeune Tobie
Raphaël, l’archange, au centre, il tient la main d’un jeune garçon. Lui c’est Tobie qui tient le poisson dont le fiel permettra de guérir la cécité de son père. Tout ça dans la Bible, le Livre de Tobie, précisément.

En fait Raphaël est le seul que la Bible mentionne et Filippino Lippi a rajouté deux archanges… pour faire bonne mesure !
Michel, archange de son état, à gauche, avec les attributs guerriers du chasseur de dragons : l’armure, les jambières, l’épée et le globe terrestre surmonté d’une croix.
Gabriel, archange évidemment, mais oui, c’est le préposé à la scène habituelle de l’Annonciation à Marie à laquelle il offre… mais oui, le lys blanc traditionnel qu’il tient dans la main, on vient de le voir précédemment.
Cependant, nous avons vu aux Offices un tableau de composition semblable peint par un certain Francesco Botticini. Qui a à coup sûr inspiré Lippi puisqu’il lui y est bien antérieur d’une quinzaine d’années. Le Voici :

Bref, pour en revenir à Filippino Lippi, voilà un tableau de la Renaissance florentine, bien délicat. Et c’est plus le rendu que la scène, qui nous interpelle : élégance et douceurs des demi-teintes, des vrais pastels. Très florentin. Et élégance des corps héritée sans conteste de Sandro Botticelli. Préciosité du rendu des vêtements, des chevelures. Normal ! Filippino Lippi fut son élève. Sans oublier le petit chien… qui fait partie du Voyage. Et ça, c’est dans la Bible !!!
Autre tableau sur le sujet. Plus respectueux du texte biblique cette fois, de Antonio Piero Benci dit « le Pollaiolo », L’archange Raphaël et Tobie daté de 1465 – 1470, mais… fort peu des codes vestimentaires historiques dont l’anachronisme délicieux paraît totalement assumé 🤪

La notice souligne que ce sujet biblique de Tobie accompagné dans un long voyage par l’archange Raphaël, était très apprécié des marchands florentins du XVème siècle, alors souvent en mission d’affaires à l’étranger, et qui voyaient dans l’ange le protecteur de leurs enfants.

Pierre Paul Rubens — Suzanne et les vieillards, une célèbre huile sur toile peinte vers 1607–1618 par le maître baroque flamand. Ah le beau contraste : La pureté (carnation lumineuse du corps et linge blanc) face à l’ombre menaçante (des deux vieux pourris) qui l’entoure de part et d’autre. Belle théâtralisation du Vice et de la Vertu.

Notez le jeu de mains jeu de vilains. Mais la Bible le dit : la beauté de Suzanne n’avait d’égale que… sa piété. Ouf ! Et Dieu veillait sur l’innocence de Suzanne : les deux abrutis furent lapidés. C’est fou comme cette histoire libidineuse a attiré les peintres. A la grosse louche, je dirai que presque tous ont peint ce sujet ! J’en ai une impressionnante collection !
NB : J’ai un petit souci, quand on regarde le détail de la frange du manteau du pourri de droite (zoomez !) sur la première photo, un serpent apparaît. Nettement ! Non ? Troublant, car alors on serait renvoyé au serpent tentateur qui lui, a eu raison sans problème, de la réticence d’ÈVE. Autant dire que le message ne serait plus le même. 🤪 Sacré Rubens
Autre corps tout aussi lumineux et passablement alangui dans ce paysage boisé crépusculaire.

Anton Van Dyck — Saint Sébastien et l’ange, 1622-1627
Je lis sur la courte notice que certains avancent que la pose de saint Sébastien semble s’inspirer du « Faune Barberini », de Munich. Vous savez ce célèbre faune sculpté, à la belle et virile musculature, toutes jambes ouvertes, tout sexe offert, ensemble d’un érotisme sans ambages ! Qui sommeille bouche entr’ouverte, d’un repos orgasmique ! Si faict !
C’est le genre de raccourci brutal (et inacceptable !) et qui peut totalement défigurer le ressenti d’une oeuvre ! Certes, ici, Saint Sebastien est demi nu, comme toujours. C’est connu, les flèches pénètrent mieux dans le corps.🤪 (D’ailleurs sa cuirasse déposée en bas à gauche, rappelle qu’il était un centurium romain). Certes le corps de Saint Sébastien à la belle musculature est quelque peu érotisé, comme toujours. Mais le jeu est tellement plus subtil. Regardez cet immense et coulant perizonium qui tient euh… par l’opération du Saint Esprit, qui couvre, certes mais découvre aussi… la rondeur de la fesse droite du martyr. Et la luminosité candide et satinée du linge, en plein centre du tableau est faite pour attirer l’oeil. Et ça marche !

Admirez la morbidezza (la douceur des chairs dans l’art ) Observez ce rendu sfumato de la chair, ce soyeux de la carnation tout comme celle de l’ange compatissant… D’ailleurs lui-même est affublé d’un immense voile rouge qu’il a peine à retenir (mais le Saint Esprit est là ! 🤪) Et qui ne réussit pas à masquer de somptueuses épaules… d’ange. Tout cela magnifiquement rehaussé par les tons froids de la pénombre.
Quant au maniérisme délicat du rendu de la main de l’ange retirant la flèche …
Nicolo di Lombarduccio, dit Nicolò Cors — Saint Ambroise trônant, Saint Martin avec le pauvre, Saint Sébastien,

Bien sympa ce triptyque envahi par la dorure qui le renvoie dans les siècles passés, 1500-1510 et d’une gamme chromatique très chaude. Le saint Ambroise est magnifique de gravité et somptuosité et les saint Martin et Sebastien mignons au possible.

Mention spéciale pour le saint Sébastien parfaitement androgyne, au corps splendidement fondu dans la même dominante chromatique que le fond, d’une morbidezza admirable. Notez ce jeu de flèches impeccablement alignées à l’horizontale par des archers vraiment artistes et méticuleux,
A noter qu’apparemment ils étaient face à face et jouaient eux-mêmes à un jeu bien dangereux — Bien que leurs flèches semblent… euh n’affecter aucunement la sérénité du martyr au visage lointain et pensif.
Quant à son perizonium délicat à ganse… digne d’un slip Dolce et Gabbana…🤪

-CC BY-NC Jacques BOUBY
Cette VISION de Beato Angelico — Le Jugement dernier qui nous vient du musée de San Marco à Florence, peut être datée : 1425-1428. Diable !!! Oui on peut supposer une fraîche restauration en effet, tant l’ensemble est pimpant.
En haut, au centre, dominant cette Jerusalem céleste, le Christ juge, entouré d’un important ovale de chérubins et flanqué de la Vierge, de saint Jean-Baptiste et d’une assemblée de saints brevetés.
Dans la partie inférieure, une double rangée de tombeaux ouverts structure la partie basse du tableau : les bienheureux représentés à gauche, qui rendent grâce à Dieu et sont guidés par les anges vers la Jérusalem céleste, les damnés représentés à droite, poussés par les démons dans les profondeurs de l’Enfer, où les attendent les châtiments éternels.

Le Paradis paraît sympa, toujours très joliment boisé dans une nature sage et bien rangée, parfaitement pasteurisée, du beau monde aux vêtements chamarrés y évolue, leur tête auréolée ne demandant qu’à s’ébaudir. Certains y dansent en rond. Le trait est précis, la couleur réjouissante. On y voit un cardinal, un évêque, un chanoine, une nonne, une reine, un pape, un empereur…
Et à droite des sépulcres, les malheureux pêcheurs dirigés vers l’enfer et dûment asticotés par des démons noirs, mais, aïe, aïe, aïe, on y voit aussi un roi, un cardinal, un évêque, des religieux…

Comme toujours l’enfer est plus drôle que le Paradis !
À l’extrémité droite, les damnés sont répartis en fonction des péchés commis, avec une description minutieuse des tortures infligées. Tout en bas, au coeur de la scène infernale Lucifer, pivot visuel et symbolique est en train de mater les orgueilleux. De bas en haut, à gauche, les avares, les colériques qui se mordent furieusement, les paresseux.Tout en haut, hérétiques, charlatans/sorciers, schismatiques, excommuniés, ennemis de l’église. En redescendant, à droite, les envieux, gourmands et luxurieux.

Ces quatre tondos (tondi devrais-je écrire, de l’italien rotondo (rond) désignant une œuvre d’art de de forme circulaire) de diamètre important, 180 cm (chacune) réalisés par Francesco Albani entre 1625 et 1628, sur commande du cardinal Maurizio de Savoie représentent chacun une narration sur les Quatre éléments : l’eau, l’air, la terre, le feu

Ici l’élément de l’Eau : Galatée, assise sur un bateau en forme de coquillage tiré par un dauphin, tient, avec l’aide de quelques putti, un drap rouge tel une voile gonflée par le vent, tandis qu’autour d’elle, des tritons et des nymphes marines jouent de la musique, se reposent et s’étreignent. Sur le rivage, les cupidons tirent les filets et ramassent des perles et des coraux. À droite sont représentées les personnifications des principaux fleuves piémontais : le Pô, la Dora et la Stura.
Nul doute que l’aristocratie de l’époque vibrait à ce type d’érudition littéraire et se régalait à interprêter les connotations symboliques et politiques sous jacentes. Qui nous laissent aujourd’hui complètement inertes.

Ici l’élément de la Terre : «au centre de la composition se trouve le char tiré par des lions, sur lequel est assise la déesse Cybèle, divinité personnifiant la Terre, qui tient un globe ; à ses côtés se trouvent Cérès, occupée à semer, Flore, la tête ceinte d’une guirlande de fleurs, et Bacchus, qui tient une coupe de vin, symbolisant les trois saisons vitales, respectivement l’été, le printemps et l’automne. Tout autour, des groupes de cupidons s’adonnent avec énergie à la récolte des produits et des fruits de la terre.»
Du même auteur et… du même commanditaire qui sans doute goûtait, l’exaltation de la morbidezza pour les douces carnations humaines. Donc le même cardinal Maurice de Savoie commanda au même Francesco Albani de Bologne cette toile – Salmacis embrasse Hermaphrodite.

Une fois de plus, l’épisode est tiré des Métamorphoses d’Ovide. Mais LÀ, Ovide fait fort. Un bel adolescent de quinze ans, fils d’Hermès et d’Aphrodite (oui ! Quand même!) se baigne tranquillou dans le courant d’une onde pure. La nymphe Salmacis à jeun, qui, c’est possible, cherchait aventure, tombe en arrêt devant la beauté de l’éphèbe, lui déclare sa passion… euh ! se jette sur lui. A lire les détails d’Albani elle ne semble pas lui faire un gros effet 🤪: (malgré les flèches répétées de Cupidon, en haut à gauche) il la repousse, indigné et rougit « comme une pomme vermeille » souligne délicieusement Ovide.

Bref ! Pour faire court, elle le viole, tel « le polype au fond des mers enveloppe sa proie » et implore les dieux : « que rien ne me sépare de lui, que rien ne le détache de moi ! »
Voilà, un seul être au double sexe est né : Hermaphrodite. Dérangeant ? Non ? Inutile de dire que des siècles d’interprétations moralisantes à souhait ont réécrit cette fable ovidienne.
Mais que de choses dans ce petit tableau de moins d’un mètre de Hans Memling – Scènes de la Passion du Christ !

Une composition narrative complexe mais extrêmement détaillée représente 23 épisodes de la vie du Christ se déroulant dans les coins et recoins d’une Jerusalem toute aussi complexe, médiévale à souhait avec ses tours et fortifications passablement hétéroclites.(euh ! Plutôt venues des Flandres, d’ailleurs), 23 petites scènes se nichant dans les recoins de Jerusalem ou juste à l’extérieur des remparts. Une prouesse !

Pour une BD sur le calvaire du Christ, je dirai que tout y est, cela pourrait fonctionner comme un test pédagogique de reconnaissance des diverses stations, de l’entrée à Jerusalem avec les rameaux, en haut à gauche jusqu’au calvaire tout en haut et la résurrection à droite. Une manière en somme de réviser ses évangiles !
Quelques gros plans permettent d’admirer la technique et la précision d’un grand miniaturiste.

A noter dans les coins inférieurs gauche et droite, les portraits des commanditaires de l’oeuvre — Tommaso Portinari et son épouse Maria Baroncelli — agenouillés en prière.

Andrea Mantegna et son atelier — Vierge à l’Enfant, saint Jean-le-Petit, sainte Catherine d’Alexandrie et d’autres saints, 1506
J’aime cette vierge pensive portant sur son genou, son petit-Jésus à la morphologie d’un mini Hercule, toisant de très haut ce pauvre Jean Baptiste-le-nain, pas très réussi avec ses yeux hagards et ses deux dents de lait et sa croix en bois d’allumette. Que passe-t-il dans ce regard torve venu du bas ?
Et ces yeux !!! Dans tous ces personnages de statues peintes !!!

Cadeau de Federico Gonzaga, marquis de Mantoue, aux Savoie. On y reviendra, à Mantoue… un jour ! Patience !

Rembrandt van Rijn — Jeune fille se penchant par une porte, 1650 – 1670
Certes ce n’est pas la seule « jeune fille se penchant à une porte ou fenêtre », mais j’ai plaisir à voir que Rembrandt s’est essayé avec bonheur au… contrejour.
Quelques lumières caravagesques…

Domenico Fiasella, dit Il SARZANA — Judith avec la tête d’Holofernes

Martyre de saint Bartholomé : mise en scène, ténébrisme, violence, théâtre d’ombres, éclat des chairs brunes ou jaunes, ce pourrait être (presque !) un Caravaggio, mais c’est du Gregorio Preti
Quelques curiosités…

Antoon SALLAERT — Procession des jeunes Vierges du Sablon à Bruxelles
A l’origine, une statue de la Vierge (dite «Notre-Dame à la Branche») arrive au coeur de la cité de Bruxelles. Elle est accueillie à son arrivée, par le duc de Brabant et escortée par la guilde des arbalétriers. Elle est déposée dans la modeste chapelle du Sablon, qui deviendra au XVè une église magnifique et un lieu de pèlerinage majeur. Las ! À la fin du XVIè siècle, l’église fut saccagée par les calvinistes et… la statue de la Vierge fut détruite.

Cet événement, est célébré par les Bruxellois par une procession annuelle appelée Ommegang. Les jeunes filles (ici douze jeunes filles vierges), les confréries, les magistrats et les milices de citoyens, arbalétriers et archers défilent en portant la statue.
Le tableau est signé par l’artiste en bas à droite. NB : Nous avons vu une autre version que Sallaert a consacré à cette célèbre procession au Musée royal de Bruxelles.




Le Repentir de Saint Pierre (Il pentimento di San Pietro), attribué à Giuseppe Vermiglio (vers 1587 – 1635)

Pour les mécréants, je rappelle l’histoire de l’apôtre Pierre qui avait juré croix de fer croix de bois, lors de la dernière Cène qu’il défendrait Jésus jusqu’au bout et Jésus avait dit : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois » D’où le coq, magnifique, en haut à gauche, témoin de sa trahison !
Après l’arrestation de Jésus, Pierre, identifié comme un camarade et suiveur de Jésus est successivement pris à partie trois fois de suite et pris de peur, nie connaître ce Galiléen. Selon l’évangile de Luc, Jésus, qui passait à ce moment-là, regarda Pierre qui, se souvenant de la prédiction de Jésus, « sortit de la cour et pleura amèrement ».
Je vois ici ce Pierre (pourtant fondateur de l’Église et le premier pape) très humblement vêtu, sans la moindre auréole. L’homme impulsif est en position prostrée, faisant un douloureux retour sur lui-même, toute superbe avalée, visage préoccupé et crispé de remords, quémandant le pardon…
Quelques musiciens




Gerrit Van Honthorst (?), — Portrait d’un musicien, 1625 – 1630
Quelques Madonnes





Outrancièrement boudiné, tout de même ce « petit-Jésus » !

Et voici que la notice vante le grand succès de cette Sainte Famille, de Giulio Cesare Procaccini, Huile sur bois de 95 x 81 cm, souvent reproduite au fil des décennies. Je me permets de ne pas trouver bien élégantes les masses de chair un peu emberlificotées de la mère et l’enfant. Non ? Ah ! Ces petits-Jésus, bien moches 🤪

Guido Reni — Saint Jean-Baptiste

Un beau Guido Reni ! Ce grand peintre bolognais a connu succès et admiration à la cour de Savoie. Sérénité, clarté, harmonie des formes. Du classique bien élégant.

On comprend que le tableau ait été emporté par les troupes napoléoniennes en 1799, puis définitivement restituée aux collections savoyardes en… 1815. Eh oui, Congrès de Vienne oblige, on n’y était plus trop brillant. Talleyrand a fait ce qu’il a pu, déjà évoqué cf https://jacbouby.fr/2020/10/25/chateaux-en-pays-de-loire-2/
A noter qu’ «on» n’a pas tout rendu, puisque qu’une huile de Guido Reni, Apollon écorchant Marsyas est toujours à… Toulouse, au Musée des Augustins !
Quant à cette exquise friandise à croquer de notre peintre Pierre MIGNARD : c’est aussi un Jean Baptiste au désert ! Si si ! avec son doux mouton… et certainement un salon de coiffure à proximité ! L’archétype de la mignardise ???



Jacopo Robusti, dit le Tintoret,1561 – 1562, La Trinité
Voilà des perspectives originales et complexes dans ce Tintoretto. Dieu le Père accueillant son fils à bras ouverts en totale contreplongée, et Jésus sur sa croix en parfaite plongée, tout cela en suspension dans les nues, les anges soutenant la croix. Le concept d’ailleurs peut surprendre car le Père a accueilli le fils dans la lumière de la Résurrection, la croix des supplices et de la méchanceté humaine étant demeurée… sur la terre.
Le travail sur la lumière n’est pas mal non plus, exaltant de larges parties des corps par une teinte diffuse et ambrée, en obscurcissant savamment d’autres.
Le travail sur les étoffes des vêtements participe de la même intelligence : un bien grand Vénitien !

Quelle belle surprise que cette Simonetta Vespucci, la muse de Sandro Botticelli, dont la beauté fut emportée à 23 ans !

Francesco Cairo — Hérodiade avec la tête de saint Jean-Baptiste.
Un détail du tableau m’interpelle, pourrez-vous le lire sur ma photo ? Tout en bas à droite. Vous me connaissez désormais : j’ai enquêté ! Passe encore que cette Hérodiade ait eu la peau de Jean Baptiste n’ayant pas pu en faire son amant, grâce à cette salope de Salomé dont la grâce tourbillonnante de voiles, de regards et de sensualité, et… de hanches chaloupantes a tourné les sangs d’Hérode prêt à lui octroyer « la moitié de son royaume ». Si faict ! car, c’est bien connu : quand l’homme est en érection, son cerveau n’est plus irrigué…
Et l’évangile de Saint Marc confirme : « Hérode fut profondément attristé, mais, à cause de son serment et de la présence des invités, il ne voulut pas se dédire. Il envoya un garde à la prison, qui décapita Jean. » La tête fut apportée sur un plat à la jeune fille, qui la remit à sa mère.
Mais ICI, c’est quoi même cette tête de Jean Baptiste avec la langue percée !!! Mon sang n’a fait qu’un tour. Eh bien ! c’est saint Jérôme dans Ad Rufinum qui décrit la sinistre vengeance perpétrée par Hérodiade à l’encontre de la tête décapitée du Baptiste, dont elle transperça la langue avec une épingle à cheveux, à l’instar de ce qui se produisit dans le monde classique avec l’acte de Fulvia à l’égard de Cicéron, après sa mort. Ecco ! vous savez TOUT !

Mais l’avez-vous bien regardée l’Hérodiade de ce Francesco Cairo ?
Haine, nous l’a-t-on assez dit, pour ce prophète anar écolo qui condamnait publiquement son mariage illégal et… incestueux avec Hérode. Vous lisez de la haine, dans cette poitrine offerte ? Cette chair d’albâtre sous laquelle couve le feu sombre de la passion, cette tête abandonnée rejetée vers l’arrière et ses yeux éteints sur l’extérieur… savourant une volupté orgasmique ???
Et cette main suspendue à deux doigts de la tête du cadavre. Tremblante ?
Sûr ! Scène plus érotique que macabre. Bien troublante en tous cas.
Non ??? Je vous renvoie à cette autre tableau de Saint Sebastien, photographié à Tours et du même Francesco Cairo, au service de la Maison de Savoie à Turin de 1633 à 1648. (fin de l’épisode Tours 2 https://jacbouby.fr/2021/02/22/chateaux-en-pays-de-loire-18/
En résumé, La Galleria Sabauda (Galerie des Savoie) reste l’une des grandes pinacothèques d’Italie du Nord. Issue essentiellement des collections historiques des ducs de Savoie, elle rassemble surtout, en plus de la peinture baroque liée à la cour de Savoie, la peinture de la Renaissance italienne, flamande et hollandaise du XIVᵉ au XVIIᵉ siècle. Riche, donc, et tableaux plutôt bien éclairés mais, on l’a compris, en sommeil après… le XVIIè…

Toutefois, elle abrite la collection de sculptures Riccardo Gualino mort en 1964 à Florence, disposée au long de galerie/couloir.



Buste représentant Marguerite de Valois, fille de François Ier. Devient duchesse de Savoie par son mariage avec Emmanuel-Philippe.

Buste de Victor-Emmanuel II, par Camillo Torreggiani














