VOYAGE D’ITALIE, TURIN (4)

Cathédrale : le Duomo Saint Jean Baptiste. L’intérieur ne présente guère d’intérêt à part le Suaire ou plutôt sa copie qui fait courir les foules. Et… cet orgue, qui vient compléter ma collection




Avec les armoiries de la Maison de Savoie
Plus intéressante, l’église Saint-Laurent de Turin : Il faut y pénétrer bien que sa façade, sans intérêt n’inaugure rien de bien palpitant. A peine entrés, l’exubérance baroque de ses surfaces et de ses marbres polychromes explose. Mais, c’est sa coupole conçue par Guarino Guarini qui vaut le détour. L’innovation est dans ces huit arcs entrelacés qui divisent l’espace en huit compartiments percés de huit fenêtres ovales.

Et ce jeu de nervures formant une étoile à huit branches dont on a loué la complexité savante !

Ce qui nous oblige incontestablement une fois ressortis à prêter une observation plus attentive à cette coupole. De l’extérieur, on perçoit un tambour couronné par une structure plus réduite constituée d’un second tambour et d’un dôme. Et cet entrelacs ajouré d’arcatures qui distillent et tamisent la lumière : Très savant !
Mais le chef-d’œuvre de Camillo-Guarino Guarini c’est la Cappella della Santa Sindone, la chapelle du Saint-Suaire.
Nous ne pourrons pas accéder directement depuis la cathédrale au fond du transept droit par ces extraordinaires rampes hélicoïdales incurvées et … raides (spécialité incontestée des maîtres baroques).

Photographiés de l’intérieur de la chapelle, on voit ces deux vestibules circulaires symétriques auxquels on accédait ( hélas pas aujourd’hui ! ) par ces deux escaliers sombres aux marches basses et semi-circulaires eux-mêmes environnés de colonnes en marbre noir. Tout cela bien sombre et impressionnant ! Une antichambre sépulcrale ?
Désormais, c’est depuis même le Palazzo Reale que l’on arrive à l’étage ou se situe la Chapelle ( de Cour, je le rappelle donc avec accès direct du Palais pour les Ducs de Savoie )

Dès l’entrée, le NOIR vous accueille et vous assaille. Et l’impression se confirme : nous sommes dans un mausolée. Un sépulcre ?

C’est là que l’on revient à Guarini, homme complet, je l’ai dit mais aussi Homme de FOI : il est Père dans l’ordre Religieux de droit Pontifical : les Clercs Théatins. Et… connaît ses symboles christiques par coeur…
Et ? Après avoir promené les yeux d’un regard circulaire dans ce presque tombeau de marbre noir, on est quasiment contraint de lever les yeux vers le haut, vers la lumière de la coupole, vers le Ciel : tout le symbole du suaire / linceul est là : Mort et Résurrection, Ténèbre et Illumination. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ».

Et toute la construction, le marbre qui s’éclaire et devient gris, les six rangées d’arcs qui se rétrécissent, tout converge en une spirale saisissante vers l’étoile, soleil à l’exacte verticale des ténèbres terrestres

… où le regard s’achève sur la colombe du Saint-Esprit.

Au centre l’autel baroque d’Antonio Bertola, en marbre noir et décors en bronze doré qui conservait alors le saint Suaire replié, dans une vitrine. Daté de 1694.

À noter au sol ces grosses étoiles en bronze incrustées dans le marbre noir et qui brillent de je ne sais trop quelle lumière.

Mais ! L’édifice revient de loin. De très loin ! Lors de sa restauration, en avril 1997, un terrible l’incendie ravage la chapelle. Désormais coup classique de l’incendie lors du chantier de restauration, cf Notre Dame de Paris !
L’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’architecture baroque est détruit à 80 %, la plupart des marbres éclatés : 21 ans de travaux, 30 millions d’euros ! NB : plusieurs distinctions internationales ont honoré la qualité de sa restauration.
Tout n’a pas pu être récupéré, en particulier de l’autel conçu par Antonio Bertola, d’autant que l’essentiel de son imposante structure était… en bois ! NB : En mémoire de l’incendie, une trace des blessures infligées par les flammes a été laissée sur une petite partie de l’autel.

Charles III (dit « le Bon »), duc de Savoie, a eu en sa possession le Saint-Suaire à une époque où la relique était conservée dans la Sainte-Chapelle du château de Chambéry avant son transfert définitif à Turin en 1578. A noter que la Maison de Savoie, en a été la propriétaire exclusive pendant plus de cinq siècles (de 1453 à 1983).
Alorssse ? Ce linceul si controversé ? Miraculeusement sauvé du grand incendie de 1532 à Chambéry ! Re sauvé des flammes dans l’incendie terrible de 1997 !
En janvier 2025, la revue L’Histoire n°527, signale le livre de Nicolas Sarzeaud, issu de sa thèse « Les suaires du Christ en Occident » publiée au Cerf en 2024, où il fait état « d’une centaine de suaires » connus ça et là, à la fin du Moyen Âge.
Alors ? Canular ou authenticité ? En tous cas, super instrument politique pour les duc de Savoie pour « assurer l’unité et la force spirituelle du duché ». Et pour l’église un précieux adjuvant à la foi des fidèles. Mais peut-on en finir ? Mais… pourquoi en finir ! 🤪

Pour conclure, le caractère particulièrement novateur de Guarini dans ces deux édifices, c’est de renoncer à la coupole classique, euh ! pourtant attendue, héritée de l’Antiquité… au profit de structures ajourées, sortes d’alvéoles zigzagantes mais travaillant finement la lumière.

Nous voici à nouveau Piazza Castello, au fond le palais Royal

La Piazzetta Reale avec sa grille aux 2 cavaliers Castor et Pollux. Attention, cette grille qui a coûté une blinde, n’est pas en vulgaire fer forgé traditionnel ! Non, elle est en fonte moulée et travaillée avec des panneaux centraux ornés de visages en relief de Méduse et de grands blasons de la Maison de Savoie.


Les deux jumeaux nommés Dioscures (= enfants nés de Zeus) apparaissent comme les Gardiens royaux de la Piazzetta Reale.
Dans la mythologie, fils de la Belle Léda, bien connue par les innombrables tableaux érotiquement peints avec son cygne voluptueux, métamorphose habile de Zeus (qui lui a fait Pollux, celui qui porte l’étoile de l’immortalité).

Clin d’oeil sans doute aux deux statues colossales représentant les jumeaux Castor et Pollux et leurs chevaux sur la pente menant place du Capitole à Rome. Mais ceux-ci sont sur leur chevaux cabrés, ici. Quand je vous disais qu’on adore les cavaliers, à Turin 🤪

C’est vrai qu’il est royal ce palais et l’escalier de Juvarra comme il se doit donne le ton. Ayant été incapable de photographier le scalone monumental du Palazzo Madama, j’ai fait euh !… des efforts ici 🤪 pour le Palazzo Reale

et nous vous épargnerons l’enfilade de pièces, toutes plus royales les unes que les autres mais où, à coup sûr nous détesterions vivre.



Quoique… la salle de bal. Et la salle à manger !

Puis l’armurerie très royale aussi, avec de magnifiques armures et carapaçonnage et une pléiade d’armes ciselées comme bijoux. Nous comprenons que aller faire la guerre jadis, était une grande Affaire d’élégance. Et de panache !

Puis la Bibliothèque… Royale, les jardins… Royaux, ah ! mais ! réalisés par André le Nôtre. Oui ! le nôtre ! qui les a dessinés.
Mais, on est surtout venus ici pour la Galleria Sabauda, la Galerie des Savoie dont je développerai la visite attentive à l’épisode suivant.
Mais quel est cet étrange OVNI surplombant grotesquement ( un seul t ) la piazza du Castello, défigurant la Piazzetta Reale et la belle coupole Guarini ? Cette incongruité de presque 100 m est la Torre Littoria élevée en… 1933. Zont vraiment pas zu peur, les «modernes», descendants pourtant de Juvarra ! Ou de Guarini, ou de Castellamonte,🤪















