VOYAGE D’ITALIE, TURIN (2)

Et puis … il y a via Garibaldi, où nous descendons du tram tous les jours, via Roma et ses multiples arcades, via Lagrange et ses enseignes haut de gamme, via Po, entre autres, et les élégantes boutiques où le design italien s’exprime dans toutes les nuances audacieuses et dans les moindres détails… un vrai régal en regard de nos villes de province.


Avez-vous déjà vu une boutique de vêtements en Italie : des couleurs partout, sur TOUT… y compris pour les uomini (il faut voir ces vestons d’été ! rien de tristou, de gris, de noir, surtout. Ah ! On en peut plus de votre noir, mesdames ! De votre gris, messieurs ! les boutiques de chapeaux et casquettes sont extraordinaires. Dommage ! J’ai déjà acheté un Stetson et une casquette à Florence et… un Borsalino et une casquette à Rome ! Mais forcément, il manquait à Doudoue des chaussures, un tee shirt et … Et les boutiques de lunettes ! Mamma mia !


Et voilà que nous tombons sur la boutique Bialetti (mais si, Alfonso, inoubliable, l’inventeur de la cafetière expresso de quand-on-était-pas-nés, même nous !) désormais déclinée dans tous les modes, toutes les gammes et tous les tons et avec des couleurs… Irréfutables. Même Dolce e Gabbana n’ont pas dédaigné y mettre leur patte ! On aimerait en acheter une dizaine, chacune de toute beauté, à distribuer élégamment sur une étagère, un meuble de notre cuisine.
Mais si ! Ça peut faire de magnifiques oeuvres d’art. Non ??? SI ! On a des exemples (cf ci-dessous)

Irrésistible mais STOP ! On n’a plus un demi pouce de place chez nous… même pour des chefs d’oeuvre !
Doudoue achètera tout de même – on n’est pas là tous les jours – un petit mixer Bialetti rouge vif à vil prix.



Non ! Vous ne rêvez pas ? C’est bien Ringo, ou son sosi 🤪 là, tout contre le sein de la dame ; image de la prestigieuse maison 🤪




Piazza Palazzo di Città, monument dédié à Amédée VI, oeuvre de Pelagio Pelagi.
SOUVENIR PRÉCIEUX DE L’EXPÉDITION EN ORIENT DU COMTE VERDE, ORGANISÉE PAR LE ROI CARLO ALBERTO ET OFFERTE À LA VILLE DE TURIN







Horrificque ! Images suaves et délicieux objets qui nous rappellent tout de même – toute hypocrisie remisée – que l’Italie est bien la patrie de l’Arétin, Boccace, Vignale, Giorgio Baffo… et que les dialogues priapiques des académies italiennes exaltaient les exploits mirifiques du Cazzone (pénis)
Pendant que les « I Modi » de Giulio Romano visualisaient tout ça sans détour !


FIAT, c’est TURIN : n’oubliez pas l’acronyme de FIAT (Fabbrica Italiana Automobili Torino) crée le 1er juillet 1899.
En 2003, la mort du sénateur Gianni Agnelli, signe la fin d’une époque : celle de la domination du constructeur automobile Fiat sur la capitale du Piémont, surnommée la « Détroit italienne », Le géant de Turin ayant absorbé des dizaines d’entreprises, régnait sur un millier d’usine et faisait travailler 300 000 personnes mais son empire est en déclin à la mort du Père de FIAT, provoquant un séisme économique et social. Aujourd’hui quand on visite ces immenses friches industrielles que l’on a peine à recycler, on est saisi par un fort sentiment de débâcle. Turin s’en remettra-t-elle ? 20 000 ouvriers seulement travaillent aujourd’hui chez FIAT nous confiait un turinois désespéré.

Merveilleuse Lamborghini née d’un coup de colère, d’une crise d’orgueil rabroué et d’une immense ingèniérie. Et que dire de la passion !!!
Ferruccio Lamborghini était un contadino – un simple fils de paysan – Mais… fûté comme un paysan. Découvrant les énormes stocks de matériels militaires à l’abandon, il a une idée de génie : construire des tracteurs avec des pièces de récupération puisées dans les surplus et autres abandonnés.

Déçu par les défauts de la Ferrari, il n’hésite pas à s’en plaindre amèrement auprès de son illustre voisin de Maranello. Et … lui donne des conseils pour un meilleur embrayage, point faible de la Ferrari. Un véritable crime de lèse-majesté aux yeux d’Enzo Ferrari. Comment ? Ce parvenu, ce marchand de tracteurs ose critiquer ses précieuses voitures rouges ?! Impardonnable !
Piqué au vif, le « plouc » Lamborghini construira son propre bolide et lui aussi avec un moteur V12.

Il faut arriver par la rue de Rome à la Piazza San Carlo pour… le coup de coeur. Quelle élégance aristocratique, quelle vastitude harmonieuse. Si d’aventure elle n’est pas trop encombrée de parasols et autres barnums fort disgracieux !

Dessinée au XVIIᵉ siècle par l’architecte Carlo di Castellamonte, puis réalisée par son fils, unanimement dénommée par toute la littérature touristique le « salon de Turin » la place offre sous ses arcades une passegiatta idéale où la foule se réfugie soudain, quand il pleut. Tout comme nous !

On a déambulé sous les arcades où se juxtaposent boutiques chics et élégants établissements mythiques tel Stratta, ancien fournisseur de la Maison de Savoie, le Caffè San Carlo, aux prix astronomiques !








Caffè San Carlo, café historique fréquenté jadis par les artistes, célébrités et politiciens, intellectuels du Risorgimento. Son intérieur aux plafonds joliment décorés est somptueux, meublé de marbre, de stuc et de statues, avec ses miroirs, boiseries et dorures… et bien entendu les lustres de Murano.
Réhabilité et rouvert en décembre 2022 par les chefs piémontais, les frères Costardi qui y gèrent aussi leur restau Scatto. Euh ! Toujours hors de prix. Pour nous.

Immanquable, le cheval de bronze représentant Emmanuel-Philibert de Savoie remettant son épée au fourreau après sa victorieuse bataille de Saint Quentin. Et contre qui ? Les Français, encerclés et battus à plate couture par l’armée espagnole dirigée par le duc Emmanuel-Philibert de Savoie dans la Somme à Saint Quentin. Malgré le connétable de Montmorency.

Et c’est Carlo Marochetti qui s’y est collé, à la réalisation de cette oeuvre, à la demande de Carlo Alberto, érigée le jour de la Saint-Charles, comme il se doit, en 1838. On se plaît à considérer que ce monument symbolise la paix puisque… le chevalier y est représenté… rengainant son épée.

La perspective s’achève au sud magnifiquement sur les façades théâtrales des églises jumelles de San Carlo Borromeo ( à droite ) et Santa Cristina de part et d’autre de la via Roma rétrécie là en un simple passage.

Mais, nous n’avons d’yeux que pour la Chiesa di Santa Cristina et sa façade de… mais OUI ! Filippo Juvarra, exécutée sous le règne de Victor-Amédée II de Savoie entre 1715 et 1718 soit 75 ans plus tard que l’édification de l’église elle-même et du couvent des carmélites adjacent.
Quelle façade, quelle composition baroque, quel rythme !
Ces surfaces qui se courbent, se gonflent, se métamorphosent, ces lignes mouvantes qui s’incurvent ou se raidissent.
Cette puissance fascinante de l’apparat, cette scénographie du faste …
Et ces huit candélabres érigés en plein ciel. Rivalisant avec le soleil, donc i-nu-ti-les. Et, même pas peur de l’ostentation 🤪
NB On ne connaissait rien, NIENTE à l’architecture baroque : l’Italie nous a tout appris. En particulier notre vagabondage en Sicile de l’année dernière, et les Pouilles, l’année précédente, Rome cette année.

Nous passons entre les deux églises accédant ainsi à la petite place derrière les deux Chiesa et oh ! stupeur : en guise de chevet, des immeubles, à coup sûr anachroniques ! Raides dans leurs uniformes 🤪 Eh oui transformations de la période fasciste qui a entièrement démoli le couvent existant pour y élever ces … euh ! «splendeurs». Mais ne crions pas au Blasphème : on y a aussi réalisé ces fontaines jumelles qui ont dû réjouir les populations 🤪, l’une, l’homme, représente le Pô, l’autre la Dora Riparia. Et la petite place qui s’appelait alors tout bêtement « place des Deux Églises » devint Piazza C.L.N. (acronyme deComité de Libération ). Ecco !
Paraît qu’on a échappé à la statue de Benito Mussolini dont l’érection était programmée !
Mais … Arrière chevaliers repassons le col : è l’ora dell’aperitivo ! Et c’est là, au Sinatra qu’on a dégusté l’aperetivo.

Pendant que se déroule éclairée par la lumière oblique et chaude la belle façade du Palazzo Solaro del Borgo, considérablement agrandi par Benedetto Alfieri, qui abrite toujours la Whist Society, un club privé exclusif réservé aux hommes, fondé en 1841 par le comte Cavour afin de réunir les plus hauts représentants de l’aristocratie ainsi que certains des professionnels, magistrats, banquiers et universitaires les plus éminents de Turin. Très PRIVÉ.

Quelle partition musicale rythmée au métronome sur… plus de 100 mètres ! L’Académie Philharmonique est aussi installée ici et sa grandiose salle de concert, l’Odeo.
Nous avons donc opté pour le Sinatra. Chicos, aussi !



Le Spritz rituel pour Doudoue et Vermouth Torino Milano, mâtiné de Campari pour moi, à l’heure où le soleil quitte progressivement la place et les candélabres de Juvarra hérissés dans le couchant.
NB : Encore une invention turinoise, le vermouth, inventé en 1786 à Turin par Antonio Benedetto Carpano.

Vue donc de la terrasse du Sinatra (oui, sur la gauche de la photo) où Ringo a obtenu des félicitations officielles pour avoir avec efficacité dissuadé les pigeons très envahissants, de venir emmerder les clients attablés. Nous n’avons pas eu pour autant la moindre réduction.🤪














