VOYAGE D’ITALIE (2)

VOYAGE D’ITALIE, TURIN (1)

Nous voici à Turin, fief de la Famille des Savoie et capitale de toute l’Italie durant 3 ans, ville si sympa que même notre Bonaparte préféré l’avait annexée à la France pour en faire de 1802 à 1814, le chef-lieu du département français du Pô. ( Ecco ! )

Turin-CC BY-NC Jacques BOUBY

On l’a dit, c’est Emmanuel Philibert qui après le traité de Cateau-Cambrésis, prend possession de Turin et de ses territoires, à la tête de six-cents guerriers à cheval brandissant des oriflammes aux armes de Savoie et y transférant son ex-capitale de Chambéry.

Turin, Palazzo Carignano-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Via Pietro Micca-CC BY-NC Jacques BOUBY

Belle ville, première capitale de l’Italie et ça se voit : rien à voir avec une quelconque ville de province. Quelques splendeurs architecturales, et des piazza et des piazze… des insolentes, des orgueilleuses, des terribles comme la Piazza Statuto, des discrètes, des raffinées, des immenses, des sans prétentions… bref des places… partout…

Turin, Piazza San Carlo-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Piazza Statuto-CC BY-NC Jacques BOUBY

Piazza Statuto, où le soleil décline et commencent les ténèbres, où la potence envoyait les condamnés dans les ténèbres de l’enfer.

A noter que les occupants français n’avaient pas dédaigné y installer la guillotine. Ecco !

Même l’ange ailé du Monument du Tunnel du Fréjus devient pour les locaux… Lucifer soi-même. Tout de même, ce besoin d’avoir peur !

Turin-CC BY-NC Jacques BOUBY

Et, des statues de cavaliers en veux-tu en voilà ! Et des arcades à l’infini ! Euh ! Voilà pour la première impression 🤪

Turin-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Piazza San Carlo-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Piazza Solferino-CC BY-NC Jacques BOUBY

Dans un premier temps, nos visites architecturales et culturelles ne s’écartèrent guère de la piazza Castello. Il faut dire que tout est là. Et y convergent les 4 grands axes de la ville : Via Po, Via Roma, Via Petro Micca et Via Garibaldi où nous descendons régulièrement du tram, venant de Caio Mario.

D’abord, immanquable, le palazzo Madama (des dames royales de la Maison de Savoie) et le contraste étrange entre sa façade baroque à l’avant, éblouissante, du toujours et déjà vu Juvarra et l’arrière et ses tours médiévales et son jardinet sympa et secret dans les douves, séparé par un mince mur de toute l’agitation bruyante et klaxonnante de la place.

Turin, Palais Madame, façade Juvarra-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palais Madame-CC BY-NC Jacques BOUBY

Ce sont donc deux « Madame Royales » : Marie-Christine de France (fille d’Henri IV et de Marie de Médicis) et Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours (Attention, 60 ans les sépare !), qui successivement embellirent l’édifice et lui donnèrent son nom. Le monogramme entrelacé des grilles en fer forgé qui décore le haut des 3 arcades en témoigne.

Turin, Palais Madame,Monogramme Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemour–CC BY-NC Jacques BOUBY

Puis vint Juvarra et sa Façade, plaquée sur l’édifice médiéval.

Turin, Palais Madame, façade Juvarra-CC BY-NC Jacques BOUBY

Même sous ses voiles de réhabilitation, la façade de Juvarra en marbre blanc de Chianocco a une grande prestance, un prestige royal. Nettement.

Je remarque toutefois que la couronne de l’édifice, soit les quatre statues allégoriques, qui la surplombaient ont été ôtées pour rafraîchissement, je suppose. Ne restent que leur piédestal. 

Les quatre imposants piliers de la base sont ornés de sculptures d’armes et d’armures.

Mais c’est la Loggia centrale dominée par quatre hautes colonnes joliment cannelées qui capte le regard : équilibre puissance et majesté. Et sobriété placide, pour du Baroque.

Turin, Palais Madame, façade Juvarra-CC BY-NC Jacques BOUBY

Il faut VOIR ce ballet de colonnes, de pilastres, d’arcs en plein cintre, de croisées, de caissons, de balustres et cet unique protagoniste : la Lumière. Encore faudra-il y retourner après la restauration totale qui avec certitude ne sera pas terminée à la date annoncée 14/05/2026. Pas plus sans doute que ne sera tenu le budget annoncé : 1. 376. 757, 98 euros. Le double n’y suffira sans doute pas. Mais… je n’y connais rien 🤪

Turin, Palais Madame-CC BY-NC Jacques BOUBY

Et nous voilà déambulant dans des cascades de salons richement décorés (plafonds peints, boiseries, cheminées) et meublés… royalement ! Et ne pas oublier de se tordre abondamment le cou pour tant de somptueux plafonds !

Turin, Palais Madame, Salle du Sénat-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palazzo Madama-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palazzo Madama-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palais Madame-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palazzo Madama-CC BY-NC Jacques BOUBY

Où l’on admire l’efficacité des ouvertures de la loggia de Juvarra et leur protagoniste : la Lumière. Déjà dit 🤪

Turin, Palais Madame-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palazzo Madama-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palazzo Madama-CC BY-NC Jacques BOUBY

Belles vues du haut des tours qui permet de se projeter dans les futurs lieux à visiter : Palazzo Reale, Cappella della Santa Sindone, Duomo di San Giovanni Battista, San Lorenzo, Mole Antonelliana, Via Pô, Palais Carignano, Monte dei Cappuccini.

Turin-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin-CC BY-NC Jacques BOUBY

 Mais, le Palazzo Madama, c’est aussi le Museo Civico d’Arte Antica

Nombreux témoins de la Lapidaire médiévale, de mobilier en bois – retables et devant-d’autel, sculptures, diverses – fabriqué dans  la Vallée d’Aoste entre le XIIIe et le XIVe siècle,

Autres témoins de l’art gothique et de la renaissance sans parler de porcelaines, céramiques, émaux et autres chinoiseries qui … ne sont pas notre tasse de Thé 🤪 . Sans compter les ivoires sculptés des traditionnels coffrets de mariage et … coffrets à parfum.

Turin, Palais Madame, Museo Civico d’Arte Antica-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palais Madame, Museo Civico d’Arte Antica-CC BY-NC Jacques BOUBY

Quelques pièces ayant retenu notre oeil : Mort de Phaeton dans le fleuve Eridan

Reprise de la sanguine de Pierre Brebiette conservée au Louvre : La mort de Phaeton, ce chauffard dingue incapable de maîtriser le char du Soleil prêté par Phébus.

Pour revivre l’Affaire non classée relisez les Métamorphoses. Que de sujets de polars possibles ! Dans Ovide !

Turin, Palais Madame, Museo Civico d’Arte Antica-CC BY-NC Jacques BOUBY

Les Héliades ses soeurs en larmes sont joliment transformées en peuplier.

Turin, Palais Madame, Museo Civico d’Arte Antica-CC BY-NC Jacques BOUBY

A gauche, Cygnus fils de Neptune/Poseidon qui a vu toute l’affaire est transformé en … cygne. Normal !

Le Taureau aux cornes d’or, en bas à droite est Éridan, fleuve identifié au Pô. Dans lequel Phaeton foudroyé est tombé comme un météorite.

Turin, Palais Madame, Museo Civico d’Arte Antica-CC BY-NC Jacques BOUBY

J’aime bien ce saint lecteur bigleux, au monocle

Turin, Palais Madame, Museo Civico d’Arte Antica-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palais Madame, Museo Civico d’Arte Antica-CC BY-NC Jacques BOUBY

Wouahh la nurserie ! Cékwasamèm ??? Et que du beau monde si l’on en croit les multiples auréoles couronnant des têtes adultes ou enfants !

Eh bien, en haut du tableau c’est sainte Anne, mère de Marie, qui, l’apprenons-nous aujourd’hui, avait bel et bien… 3 maris.

Dont elle eut… 3 Maries de ces trois pères différents :  Marie, la mère de Jésus, Marie Jacobé et Marie Salomé (oui, oui, celles qui ont débarqué aux Saintes Maries de la Mer !), toutes deux mères d’apôtres et de saints… auréolés.

Le tableau est de Gandolfino da Roretto, 1501-3 et s’intitule Généalogie de la Vierge, s’inspirant probablement de la Légende dorée. Si l’on n’a pas manqué de railler les imprécisions de Jacques de Voragine, bien d’autres hagiographies ont confirmé cette affaire.

Turin, Palais Madame, Museo Civico d’Arte Antica-CC BY-NC Jacques BOUBY

On regrette tout de même la barbichette et… la moustachette, gestes malheureux du restaurateur, sans doute…

Turin, Palais Madame, Museo Civico d’Arte Antica-CC BY-NC Jacques BOUBY

Agnolo Bronzino, « San Michele e il demonio »

Attribué à Il Pontormo jusqu’en… 1973 puis rendu à Bronzino, son élève.

Alors, on a l’archange Michel – beau gosse magnifique, qui ne dédaigne pas exhiber son joli genou, et ses mollets parfaits – avec sa balance, qui pèse des âmes.

Les âmes ? Ce sont ces nourrissons tout potelés, tout nus et… pas bronzés mais très Bronzino. Là, ça va très mal pour celui de gauche, la balance s’affole et plonge (notez le fléau totalement vertical ! Il hurle de terreur et a bien raison : le poids de ses péchés est monumental, et le démon l’agrippe déjà de sa main droite.

Turin, Palais Madame, Museo Civico d’Arte Antica-CC BY-NC Jacques BOUBY

Mais quel démon !!! Quel bel Adonis tout nu aux yeux extatiques ! Ça aussi c’est bien du Bronzino, amant je le rappelle de Pontorno.

Une belle palette maniériste à souhait : paleur et préciosité et, étonnamment cette résurgence ancienne du fond d’or d‘avant Giotto ; les verts restent de toute beauté.

Turin, Palazzo Madama, Simon Troger-CC BY-NC Jacques BOUBY

Simon Troger, Le sacrifice manqué d’Abraham…

Turin, Palazzo Madama, Simon Troger-CC BY-NC Jacques BOUBY

… et le Massacre réussi des innocents

Turin, Palazzo Madama, Simon Troger-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palazo Madama, Antonello da Messina, Portrait d’Homme-CC BY-NC Jacques BOUBY

Grande présence de ce Ritratto d’uomo, d’Antonello da Messina, portrait célèbre.

Je dirais, pris au télé 120/140mm vu les aplats du visage et la contraction des plans 🤪

Tête tournée vers la gauche et regard vers nous, direct avec une expression réaliste de défi ironique. C’est d’ailleurs Daniel Darasse qui a souligné que si Da Messina n’avait pas inventé le sourire en peinture, il avait inventé le… rictus.

Turin, Palazo Madama, Antonello da Messina, Portrait d’Homme-CC BY-NC Jacques BOUBY

Le bonnet se fond dans le noir de l’arrière plan lequel participe intensément à l’éclat de ce regard hautain, énigmatique, paupières baissées de ce bourgeois/marchand (?) Les délicats jeux d’ombre et de lumière modèlent finement les chairs : muscles, pommettes, cou. Toute la minutie de l’art flamand. Et cet étrange sourcil gauche !

🔎La présence ici de ce tableau ( Antonello da Messina n’est jamais venu à Turin ) est… une histoire. En 1935, la ville de Turin, sur suggestion du directeur du Palazzo Madama de l’époque, Vittorio Viale, et avec la collaboration de l’antiquaire Pietro Accorsi, acquiert l’intégralité de la prestigieuse collection Trivulzio de Milan qui contenaient de nombreux chefs-d’œuvre de la peinture italienne des XVè et XVIè siècles.

Milan se sentant dépossédé interpelle directement Mussolini en personne, qui… annule la transaction. Le coup était dur et à titre de compensation, le Palazzo Madama de Turin reçut en don le Portrait d’homme d’Antonello da Messina 

Turin, Palazo Madama, Très-Belles-Heures-de-Notre-Dame»-de-Jean-de-Berry-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palazo Madama, Très-Belles-Heures-de-Notre-Dame»-de-Jean-de-Berry-CC BY-NC Jacques BOUBY

A noter pour les connaisseurs, le codex des « Très Belles Heures de Notre Dame », de Jean de Berry. Avec des miniatures attribuées à l’atelier Jan van Eyck, comme ci-dessous : Messe des Morts. Ce fragment de 28 pages et 25 illustrations fit partie aussi des ventes compensatoire de la Ville de Milan dans « l’affaire »   Accorsi /Trivulzio.

Turin, Palazo Madama, Très-Belles-Heures-de-Notre-Dame»-de-Jean-de-Berry-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Piazza del Castello-CC BY-NC Jacques BOUBY

Il est vrai que l’on revit souvent cette Piazza du Castello. Avec des lumières bien différentes et même… des manifs, avec plein de banderoles… aux couleurs de la CGT. Si ! Si ! Et tout plein de carabinieri casqués bottés, gilets pare-balle, boucliers anti-émeutes, bombes lacrymo… Si ! Si ! Le même regard méchant !

Turin, Piazza del Castello-CC BY-NC Jacques BOUBY

À croire en réalité que cette Piazza du Castello semble être notre rituelle Place de la République, siège de manifestations de tous ordres. Ici, un autre jour une manifestation palestinienne.

Turin, Piazza del Castello-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Piazza del Castello-CC BY-NC Jacques BOUBY
Turin, Palais Madame-CC BY-NC Jacques BOUBY

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *