Nebida, Mamoiada, Fonni, Oliena, Aggius, Sedini
Nebida
Juin 2022, inauguration, dans le Corso Pan di Zucchero, de la fresque murale réalisée par l’artiste Oscar Agus, dédiée aux victimes des émeutes du 21 mai 1906.

Car à Cagliari, en 1906, deux ans après le massacre de Buggerru, une émeute populaire contre la vie chère est violemment réprimée : 10 morts.
À l’annonce des morts de Cagliari, les centres miniers de la région de l’Iglesiente se soulèvent immédiatement avec diverses revendications, des grèves, des pillages, des affrontements avec les soldats, des morts.
Ici cette fresque célèbre les deux morts à Nebida dont les noms sont inscrits dans le cartouche en bas à droite : Efisio Ariu, Carlo Lecca. Enfin !!! Je le présume.

L’inauguration à Nebida de cette fresque en mémoire des mineurs morts dans le massacre du 21 mai 1906 se fait avec le commissaire extraordinaire du consortium du Parc géominier, trois maires, un curé, des discours, des congratulations… Ce n’est pas de la protestation, ni de la révolte, c’est du souvenir, de la mémoire historique partagée, pouvoirs publics y compris qui désormais investissent et s’investissent dans les Murales.

Entre parenthèses cette côte de l’Iglesiente est magnifique. On peut voir au centre droit, ci-dessus, les ruines de la Laveria de La Marmora qui traitait à grande échelle les minerais de plomb et de zinc.

Et l’incroyable Porto Flavia port suspendu (sic !) au beau milieu d’une paroi rocheuse, face au Pan di Zucchero, bastion rocheux naturel de 132 mètres. Un invraisemblable tunnel de 600 mètres de long, creusé dans la roche amenait le minerai directement à l’embarquement euh … en plein ciel !

Mamoïada


Mamoïada et son célèbre Rituel traditionnel des Mamuthones et Issohadores déjà évoqué sur des fresques de Tinnura (épisode 2)



Mamuthones, leurs masques de bois noir et leurs bouquets de clochettes. Issohadore et sa corde de jonc. Euh ! Peints avec plus ou moins de bonheur ! En tout cas, pas la vitalité et l’énergie de ceux de Fernando Mussone à Tinnura ! 🤪
Qui défilent ici dans les rues, en janvier. Plus procession que réel carnaval.



On le voit, sans avoir réellement un passé de Murales ni un projet d’expression collective, l’orientation des réalisations est … limpide : exaltation de la spécialité culturelle de Mamoïada à des fins touristiques et donc… commerciales. Rien de plus, euh… à vue d’OEIL.
Fonni

On la voit encore, dans ce petit village de montagne, cette constante dans les Murales : l’exaltation de la ruralité sarde…


et des choses de la vie …




de traditions patrimoniales ancestrales…







Aïe ! D’où il ressort opportunément que ni les bonnes causes ou les bons sentiments ne produisent nécessairement du bel art ! 😫
Oliena
Depart de la spectaculaire Rocce Rossa d’Arbatax. Adorable petit village de Santa Maria Navaresse et son lungomare, magnifiques vues sur Dorgali…


Puis Oliena
Petit parking tranquille dominant la ville neuve. Seuls, une voiture et un fourgon. Tranquillo. Lieu paisible et … nuit calme assurée. Il est 5 h de l’après midi et une fois posés, investiguons aux alentours pour trouver un bar c’est à dire un lieu de prise de contacts, de causeries et… de renseignements.
En remontant la via Nuoro, le Bar Amelia est ouvert, nous nous installons sur la terrasse pour une bière alla spina. Peu de monde : c’est dimanche. Soudain descendant de la ville haute, 3 cavaliers chevauchant mollement, puis… 2 autres, puis 3 autres encore. Nous consultons le cameriere (le serveur) : Il va, dit-il, se dérouler une série de chevauchées, du bar où nous sommes vers le haut de la ville. Et en quel honneur ? C’est le dimanche de la fête du Corpus Christi. Nous découvrons que les Sardes sont des passionnés de chevaux, d’excellents cavaliers et que chaque fête est prétexte à de folles cavalcades. Bref nous passâmes la soirée ici, parmi les cavaliers et leurs nombreux appasionati, buvant, entre autre du Cannonau offert par le patron, vin rouge le plus célèbre de Sardaigne et dont nous sommes pile dans la zone de production.

Le lendemain, première investigation dans le village… avèmon p’titvélo, car la longue via Nuoro grimpe ferme…
Premières murales conséquentes. Premier artiste incontournable et très actif Luigi Columbu, célébrité de Oliena dont il est natif.


Hommage au bandit légendaire Giovanni Corbeddu au XIXè, encerclé et tué par les carabiniers entre Oliena et Orgosolo, après 19 ans de méfaits et de cavale. D’autres bandits célèbres sont mentionnés dans cette région d‘Oliena important centre du banditisme en Sardaigne.

Hommage au célèbre champion de football Gianfranco Zola, né aussi à Oliena, élu meilleur joueur de tous les temps du Chelsea. Surnommé « Magic Box » par les Anglais, et… nommé « Membre de l’Ordre de l’Empire britannique »

Autre fresque murale réalisée par Luigi Columbu.
Elle est dédiée au bienheureux Giovanni Antonio Solinas, jésuite martyrisé par les Indiens en Amérique du Sud.
A noter le choix des couleurs, tons bleus et leurs nuances pour la partie haute de l’apothéose du bienheureux et de la grâce reçue après les souffrances du martyre, et tons terreux, argileux, rougeâtres pour la scène plus crue du martyre.
On voit bien le patrimoine local exalté ici : Un Bandit, un Footballeur, un Saint martyr … tous natifs d’Oliena
Voici un aperçu du rôle des Murales dans les villages, non seulement exaltant des héros (footballeur saint ou bandit !), mais servant de catalyseur à toute une population rassemblée.
Ainsi, l’inauguration de la fresque murale de Luigi Columbu dédiée à Gianfranco Zola, le Champion de football du pays est-elle l’occasion de rassembler la communauté villageoise et d’enclencher un projet « À l’école des fresques murales » Organisé par le département de la jeunesse de la commune d’Oliena, le projet va mobiliser des jeunes âgés de 13 à 17 ans qui sous la houlette experte de «the artist» du village Luigi Columbu, vont contribuer à la restauration et l’entretien de certaines fresques murales du village. Plus la réalisation d’un podcast écrit et parlé en largue sarde après enquêtes et récupérations d’informations auprès des habitants sur Gianfranco Zola devenu, ici, un vrai mythe homérique.














