THEE CHAMUNDI THEYYAM
Mais, dans l’ordre de la violence et de la symbolique redoutable du FEU, il nous manquait THEE CHAMUNDI THEYYAM (le mot thee = « feu » en malayalam)
C’est à Puzhathi Kottakunnu au temple Bhagavathi à 5 heures du matin, que Prakash nous introduisit sur le kaavu.


Manifestement, des rites avaient eu lieu toute la nuit, car de nombreuses personnes, fourbues, s’étaient endormies à même le sol, un Theyyam tournoyait encore sur le kalari





Depuis longtemps déjà, un énorme feu avait été allumé dans la clairière, vue la hauteur du tas de braises incandescentes à notre arrivée. Les acolytes continuaient à attiser les braises et alimenter le brasier, tout en prenant soin de rassembler les charbons ardents, arrosant d’eau les alentours pour éviter que le feu ne se propage.


Pour patienter je reviens vers le kaavu : deux et même trois theyyams évoluent devant une foule raréfiée et fatiguée


Sacrifice d’un poulet …


Une heure plus tard le crépitement des chendas annonce un nouvel événement. La foule s’est rassemblée autour du brasier rougeoyant.

Le nombre élevé de visiteurs (adultes, les ados ont disparu !), le nombre élevé de photographes, surtout, laisse clairement entendre que le Theyyam ici devient spectacle, folklore, et les spectateurs (arrivés tard) y sont plus nombreux que les fidèles. Il s’agit bien d’une représentation d’un des Theyyams les plus spectaculaires et les plus dangereux.

Le kolam est conduit dans l’arène, revêtu d’un costume de feuilles de cocotier bien vertes. Face au brasier ardent, ses acolytes lui ont passé autour de la poitrine une sorte de corde/ceinture tressée de lataniers bien verts aussi.

Et soudain, il se précipite la face dans les braises, dans un crépitement d’étincelles saisissant. Une forte rumeur parcourt la foule tant il est vrai que ce geste paraît fou, tant, outre les braises incandescentes, la chaleur du foyer est insoutenable.
Rapidement, les assistants le dégagent vers l’arrière, avec la liane tressée. Néanmoins sa jupe en feuilles de cocotier ressort fumante du brasier.

Me voilà juste derrière le Theyyam face au foyer, l’appareil haut levé (merci l’écran articulé !) on peut remarquer à gauche la liane tressée salvatrice qui, si elle se brisait ou brûlait condamnerait immédiatement le « semi-dieu ».

Mais le voilà qui replonge soudain face en avant sur la pente du brasier incandescent. Incroyable !

Gros plan. On voit son acolyte se préoccupant de l’état physique du Theyyam. En vérité c’est une performance !

Le voilà qui s’est remis à plonger, encore et encore et encore. Une quarantaine de fois ! Et inlassablement ramené des enfers… grâce à la liane miraculeuse. Et cela pendant une bonne heure !
La fabula complexe est aussi hagiographique que les « maux et merveilles » de quelques uns de nos saints, mis à part la multiplicité des avatars des insaisissables dieux de l’Inde et de leurs prouesses démultipliées. Ici Vishnu. De multiples récits s’enchevêtrent, inlassablement amplifiés et reconstruits dans cette inextricable fabula, entièrement contingente, (contrairement au Logos de la Bible 🤪 ) dont je risque ceci :
🔎 THEE CHAMUNDI THEYYAM est en fait une incarnation (la 4ème) de Vishnu, Narasimha Murthy, – Vishnu Murthy d’ailleurs est un autre nom du Theyyam – venu triompher de Hiranya Kashipu, un démon tyran protégé de la mort ayant obtenu de Brahma la promesse qu’il ne mourrait ni sur terre ni dans l’espace, ni dans le feu ni dans l’eau, ni le jour ni la nuit, ni à l’intérieur ni à l’extérieur, ni par la main d’un humain, d’un dieu, d’un animal ou de toute autre espèce animée ou inanimée.
Mais Pourquoi le feu ??? Kuruvat Kuruppu de la seigneurie du roi Nileswaram voulant tester Narasimha Murthy le somma de danser dans le feu dans les quarante huit jours, comme gage de sa réelle divinité. Hum, hum ! Je vous l’ai fait très (trop!) simple car… je n’y comprends RIEN 🤪
Ce qui est sûr c’est que cette épreuve du FEU, offrande au seigneur Vishnou atteste l’extraordinaire résistance du kolam (forme incarnée de la divinité) et de sa haute préparation physique et, bien entendu spirituelle. Le FEU est son royaume, et non son supplice exterminateur. Et le rite est PURIFICATION et Baptême du FEU.

Le lendemain nous étions à Kozhikode (Calicut)… qui a vu, jadis, accoster Vasco de Gama !

… scènes au bord de mer où les populations viennent, souvent en famille, en couple, en amis… savourer le crépuscule et faire la passeggiata.🤪
Nous avions retrouvé le monde paisible et serein des humains…







Voilà, le Kerala c’était pour nous terminé 😫😢