Murales de Sardaigne (4)

Collinas, Villamar, San Gavino Monreale, Fluminimaggiore

Le Muralismo initié à San Sperate a gagné d’autres villages. Nous allons en égréner quelques uns sur notre périple dont le terme et le sommet s’achèveront à Orgosolo.

Collinas, Villamar, San Gavino Monreale, Fluminimaggiore, Nebida, Oliéna, Mamoiada, Fonni, Aggius, Sedini

Collinas

Sardaigne, Murales, Collinas-CC BY-NC Jacques BOUBY

Sardaigne, Murales, Collinas
Sardaigne, Murales, Collinas-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Collinas-CC BY-NC Jacques BOUBY

Villamar

Sardaigne, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY

Nous garons notre Caracol sur une grande place de stationnement entourée de fresques et de sculptures. De multiples Murales nous environnent.

Sardaigne, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY

Sur l’un des murs du Hollywood Café (sic !), un Murale nous interpelle, car nous y repérons un visage désormais connu : celui de Pinuccio Sciola, maestro de San Sperate, en fait l’initiateur de tout ce courant.

Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY

Cette peinture murale, signée Manu Invisible, 2016 célèbre 4 figures sardes importantes : Grazia Deledda, prix Nobel de Littérature en 1926, Andrea Parodi, voix emblématique de la chanson sarde, Antonello Salis, né ici, à Villamar, grand accordéoniste et compositeur de Jazz et … Pinuccio Sciola, dont la renommée, en réalité est due à ses «pierres sonores», vues précédemment.

Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Villamar
Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY

On peut repérer des réalisations d’Antioco Cotza, originaire de Villamar.

Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY

Le ressenti à Villamar est mitigé et laisse une impression confuse et… chaotique tant les peintures, autant dans leur thèmes que dans leur qualité esthétique paraissent disparates.

En vérité le temps et la dégradation ont gommé l’ancien projet de dénonciation politique et sociale que l’on peut retrouver, par exemple via d’Itria et qui était lié au démarrage de l’activité murale à Villamar dans les années 1976 où des exilés chiliens ayant fui les persécutions de Pinochet : Alan Jofré, Uriel Parvex … s’exprimaient en couleurs vives et tranchées.

La Via Roma aussi laisse un sentiment de décrépitude irréversible. Quelques oeuvres de Antonio Sanna.

Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Villamar-CC BY-NC Jacques BOUBY

San Gavino Monreale

L’histoire des Murales de San Gavino est récente mais témoigne de l’impact sur les esprits du Muralismo sarde initié à San Sperate et consacré à Orgosolo.

Sardaigne, Murales, San Gavino Monreale-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, San Gavino Monreale-CC BY-NC Jacques BOUBY

En 2013, un jeune garçon, Simone Farci, décède et la communauté du village décide de commémorer ce deuil tragique par une fresque murale en son honneur. Giorgio Casu, l’artiste enfant du pays choisi pour réaliser l’œuvre, termine la fresque en 2014. L’œuvre, intitulée Skizzo, reprenait le surnom sous lequel le jeune homme décédé était connu dans le village.

Une association Skizzo se forme alors et Giorgio Casu, désormais directeur artistique de l’association promeut le projet Non solo murales. Ayant pour objectif non seulement de transformer le village en creuset artistique d’élaboration de Murales, mais aussi de réhabiliter culturellement ce village en réponse au dépeuplement et au naufrage économique et social de San Gavino.

Essayant d’éveiller, une conscience esthétique, ouverte à tous et où tout un chacun peut et doit participer selon le concept édicté déjà à San Sperate, l’art, oeuvre de tous, doit colorer les murs, ruisseler dans les rues et faire dialoguer les villageois. Tout en s’enracinant dans le patrimoine sarde qu’il faut hautement revendiquer.

Et on le voit magnifiquement dans cette oeuvre, fresque représentant Eleonora d’Arborea où le muralisme sarde rencontre le street art le plus noble.

Sardaigne, Murales, San Gavino Monreale-CC BY-NC Jacques BOUBY

Giorgio Casu, artiste originaire de cette localité est un artiste de renommée internationale qui vit et travaille à New York. Ses réalisations témoignent de cet éclectisme culturel et symbolique inspiré des graphismes numériques des jeux vidéo et de la publicité.

Symbolique le Sujet ! La fresque représente Eleonora D’Arborea régente du judicat D’Arborea (l’un des quatre royaumes de la Sardaigne médiévale). Cette femme forte, atypique, promeut une charte (codex précurseur en Europe) dont l’ensemble des lois étonnamment modernes symbolise l’autonomie féodale sarde.

À noter que le deuxième nom du village vient du château médiéval de Monreale, avant-poste défensif du judicat d’Arborea et dernier bastion de la résistance sarde contre les envahisseurs aragonais.

Sardaigne, Murales, San Gavino Monreale-CC BY-NC Jacques BOUBY

Deux des symboles typiques de San Gavino apparaissent sur la peinture murale : les fleurs de safran et le rapace. Le safran car les campagnes de San Gavino produisent environ 60 % du safran cultivé en Italie, le rapace en référence de la première loi de protection de l’espèce face au braconnage établie par Eleonora d’Arborea. En son hommage, d’ailleurs, le faucon d’Éléonore (Falco eleonorae), présent sur l’île, porte son nom. On comprend les 2 atouts majeurs d’Eléonore dans la vision d’aujourd’hui ! Le féminisme triomphant et la protection des espèces naturelles.

Mais le choix du lieu est aussi symbolique : il s’agit de transformer un vieil immeuble anonyme situé dans une zone déshéritée de l’ancienne gare ferroviaire et négligée du village en… œuvre d’art.

Le message est CLAIR : un immeuble «pourri» du village se métamorphose en un chef d’oeuvre contemporain « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or » écrivait LE poète !

Sardaigne, Murales, San Gavino Monreale-
Sardaigne, Murales, San Gavino Monreale-CC BY-NC Jacques BOUBY

Le protagoniste de cette œuvre, peinte aussi par Giorgio Casu, s’épanouissant sur ce mur de 220 m² mis à disposition par la famille des boulangers Foddi est Koré «  la jeune fille », autre nom de Perséphone (celui de la littérature homérique) qui, dans la mythologie grecque, fut enlevée très jeune par le dieu des enfers Hadès et qui, depuis lors, passait six mois par an aux côtés de son infernal mari et les six autres sur terre aux côtés de sa mère Déméter.

Ne pas oublier qu’elle fut élevée en sécurité en Sicile par Déméter sa mère. Pourtant dans les bois du lac de Pergusa, elle est enlevée par Hadès, le roi pas très marrant des enfers qui en fait sa… Euh ! «reine»…

San Gavino Monreale, Korè de Giorgio Casu-CC BY-NC Jacques BOUBY

Construction en antithèse : l’arrière, monde de l’enfer / hiver et sa dominante grise, sa bâtisse grisâtre, monotone et sans vie en opposition avec l’avant-scène exaltant Perséphone/Primavera en contreplongée, le triangle de sa robe s’inondant de fleurs aux couleurs saturées et vives. Tout comme l’arrière plan plus sombre du tableau de Botticelli contribue à l’explosion de la clarté des personnages du premier plan !

NB : À la suite de Giorgio Vasari au XVIè siècle, on a longtemps considéré que le personnage central du célèbre tableau Primavera de Botticelli était une manifestation de Vénus, apparaissant sous les traits d’une déesse du printemps. Mais des recherches approfondies sur les textes inspirateurs de cette allégorie du printemps, ont confirmé Perséphone plutôt que Vénus.

San Gavino Monreale, Korè de Giorgio Casu-CC BY-NC Jacques BOUBY

Korè (Perséphone) en premier plan encore nimbée de la grisaille des bâtisses de l’enfer dont elle vient de descendre les marches. Derrière son épaule droite, la porte de l’enfer où crépitent les flammes. Elle tient en main la mythique grenade (sang, mort et renaissance.)

Si l’explosion du Printemps n’atteint pas ici les plusieurs centaines de fleurs répertoriées par les spécialistes dans la Primavera de Botticelli, outre la robe fleurie, les multiples papillons rehaussés par le colibri et le paon contribuent ici à l’éblouissement chromatique multicolore que le printemps retrouvé génère.

San Gavino Monreale, Kore de Giorgio Casu-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, San Gavino Monreale-CC BY-NC Jacques BOUBY
Murales San Gavino Monreale, Spaik, Dauphins
San Gavino Monreale, Spaik, Dauphins-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, San Gavino Monreale-CC BY-NC Jacques BOUBY

Fluminimaggiore

Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY

Rose, joie des yeux

Blé, bonheur de la maison

Raisin, douce saveur de la terre

Dans le vent, le châle t’enveloppe

Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY
Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY
Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY

Les anciennes et douces mélodies du violon vermillon résonnent encore dans la vallée ancestrale du Tempio… (d’Antas, à 9 km)

Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY
Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY
Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY
Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY

À Fluminimaggiore, le groupe Murales Radio Arancio, auteur des premières fresques murales ici, début 1981, a réalisé, entre autres, 1922 : Flumini si ribella  Flumini se rebelle.

Murales, Fluminimaggiore Sardaigne Flumini si rebella
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY

Que penser, que dire de cette réalisation ?

On comprend bien : les méchants fascistes, tous vêtus de noir, casqués, bottés, lunettés, drapeautés, motorisés, brutaux, violents. Le poing levé de celui que l’on agrippe et saisit. Mais bon ! Si les personnages en ont la rigidité et le statisme, Non ! je l’avoue, ce n’est pas du Georges Seurat.

Je remarque que l’oeuvre initiale a été «restaurée et modifiée» en 2010 réhabilitée (?) par le Gruppo degli Imbracchinadoris qui sévit çà et là ici. On aurait bien aimé connaître la version d’origine, celle de 1981, peut-être plus VRAIE car si l’on comprend que l’urgence de la protestation politique ne l’est plus tout à fait en 2010, on voit aussi qu’elle l’a emporté sur la qualité esthétique. 🤪

Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY

NB Je parlerais, ci-dessous, de l’épisode tragique de Buggerru, en 1904, auquel se réfère la murale supérieure. 

Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY

Tendance, relevée çà et là, à des réalisations moins élaborées et plus « publicitaires » ou à des fins plus touristiques voire plus commerciales évidemment à mille lieues de la moindre logique participative. Je ne parle évidemment pas de « ma doudoue » ni de « mon Ringo »🤪

Murales, Fluminimaggiore Sardaigne
Sardaigne, Murales, Fluminimaggiore-CC BY-NC Jacques BOUBY

Buggerru village côtier dont la montagne de Malfidano, riche en minerai de plomb et de zinc voit sa population gonfler avec l’exploitation industrielle s’intensifiant fin XIXè s.

Sardaigne, Buggerru
Sardaigne, Buggerru-CC BY-NC Jacques BOUBY

Des milliers de mineurs sont recrutés parmi paysans et bergers très pauvres, auxquels s’ajoutent d’autres salariés chargés du tri et du lavage des minerais, en grande partie des femmes et des enfants, souvent mineurs. Inutile d’ajouter qu’ils vivaient dans des masures et étaient honteusement exploités.

Le 4 septembre 1904, les ouvriers de la mine Malfidano de Buggerru se soulèvent pour protester contre la réduction du temps de repos et leurs conditions de vie désastreuses.

Attention ! Il faut savoir qu’à Buggerru, côtoyant une intense misère, le cercle des patrons et dirigeants menait une vie sociale raffinée avec théâtre cinéma, vie mondaine. Très animée. Très festive. On appelait même Buggerru le « Petit Paris » dans les chroniques journalistiques de l’époque.

Des troupes de soldats appelés par le Directeur de la mine arrivées de Cagliari tirent sur la foule des manifestants et repoussent la foule à la baïonnette. Germinal, quoi !

La nouvelle du massacre fait le tour de toute l’Italie ouvrière. Le monde ouvrier s’embrase et provoque le 16 du même mois de septembre 1904 la première grève nationale d’Italie.

Ces évènements inspirent de nombreux Murales

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *