Grand bonheur dans la suite de ma quête des Visages d’Ailleurs !
Si le sourire systématique, proverbial et unanime des Thaïlandais (https://jacbouby.fr/galeries/visages-de-thailande/) n’est pas ou plus au rendez-vous, ici, au Vietnam, on retrouve avec bonheur cette incroyable bienveillance face à l’agressivité manifeste de l’objectif du photographe, perforeur d’intimité, scrutant sans vergogne les secrets d’une attitude, d’un regard, d’un pli du visage… dans les rues, les marchés, les transports, les rizières, les villages, à la pagode…
Je signalerai une aide notoire à la discrétion, à défaut d’invisibilité : la plupart des populations possède à présent un téléphone portable, donc un appareil photo dont chacun se sert avec délice pour une sorte de banalisation du portrait en somme. Et il faut voir la jubilation quand vous posez vous-même, seul ou avec eux pour leur photo. Donc vous ne déparez pas trop dans leur paysage quotidien bien que vos appareils hérissés d’objectifs plus ou moins proéminents restent encore une menace !
Evidemment, le plus difficile dans cet exercice est d’éviter la pose complaisante, au visage vide de sens, aux yeux vides d’âme. Le plus délicat mais le plus exaltant est de surprendre le regard … habité, dans la confidence de son naturel.
1- Ces belles passantes, que l’on ne peut retenir :
Fluidité des corps, Cascades noires et brillantes de longs cheveux souples, Visages, certains… de bien doux poèmes.
Le sourire vietnamien plus timide ou discret que le sourire thaïlandais, mais ??? Peut-être plus vrai.
Et cette incroyable bienveillance pour l’intrus photographe, harceleur notoire tout hérissé d’objectifs …
Et puis il y a l’élégance du áo dài, cette robe longue fendue sur le côté, qui épouse la silhouette sans jamais la dévoiler totalement. Elle sublime la finesse des formes, en exaltant la dignité, la retenue et la grâce féminine — une beauté à la fois visible et suggérée. Et ses couleurs franches qui ont l’art de composer avec les ombres, guettées par le photographe. Cependant la plupart de mes visages sont des visages de travailleurs.Travailleuses surtout, et si industrieuses, ces femmes vietnamiennes !
Et… cet air toujours ennuyé des ados tapotant leur portable, qui me rappellerait presque une constante internationale !?
2- C’est, bien sûr, sur les marchés du Nord que l’on rencontre ces fameux groupes ethniques aux costumes si pittoresques. Si les Kinh (aussi appelés « Viêt ») constituent la grande majorité de la population vietnamienne (86%), le reste de la population se répartit entre les 53 (sic !) autres « minorités ethniques ».
Il est évident que ces riches et délicats appareils vestimentaires sont des signaux d’appartenance communautaire forts, hautement revendiqués et non le fruit d’une recherche exotique à visée touristique.
J’ai ressenti tout à fait autre chose que du folklore pour touristes dans ces marchés de montagne. D’ailleurs si dans le marché de Bac Ha, on a trouvé deux Français et pas mal de touristes vietnamiens, il n’ y en avait aucun dans le marché de Xin Man ni le petit marché de poche de Nghia Do.
On est – ouf ! – pas encore dans les lieux-où-il-faut-être ou les lieux-où-il-faut-être-allé 🤪. Merci Eric, merci Thui !
Donc disais-je, ces vêtements traditionnels : robes indigo ou hyper colorées, châles brodés, turbans rouges ou bariolés, broderies, dentelles, batik, bijoux en argent… et ces bas finement décorés !!! Et ces porte-bébés si ouvragés !!! ont manifestement une autre fonction que… de plaire aux touristes (absents 🤪). De surcroît, j’ai bien noté aussi, que les femmes ysont finement maquillées.
Bien sûr que la façade sociale de ces peuples qui se rencontrent ou se côtoient sur tous les marchés passe par ces riches vêtements un peu paradoxaux pour de simples vendeuses de salade ou de letchis…
Et la belle bleue que j’ai traquée (euh ! de mon objectif ! photo 168)? une Nùng sans doute, ne venait-elle ici en grande parure n’acheter que du maïs grillé ? des piments et autres fines herbes inconnues… ? Tout ça pour çà ? 🤪
Outre que ces marchés sont des lieux de retrouvailles, de rencontre, de mise à jour des nouvelles, de repas pris ensemble, « on » s’y soule ensemble aussi, etc., bref lieux de rendez-vous sociaux et culturels comme tous les marchés du monde, sans doute, c’est aussi à l’évidence des carrefours de rencontres amoureuses pour les jeunes
3- Et puis, il y a les interminables séances photos dans les vastes étendues de lotus du lac Hô Hoàn Kièm Hanoï ou à Hang Mua à Ninh Binh. Cela relève de l’institution ! Tout comme je l’ai signalé au Wat Arun de Bangkok, les belles viennent prendre des poses parmi les magnifiques lotus, dûment maquillées et bijoutées, dans de somptueux habits traditionnels, souvent loués pour la circonstance et souvent accompagnées de photographes professionnels. Et là, pendant des heures elles prennent des poses, des poses et… des poses. Comment ne pas profiter de l’aubaine !
4- À ajouter un élément surprenant et intéressant. Dans le village de Xin Man, le jour du marché traditionnel une séance de studio photo élémentaire est réalisée en extérieur sur la terrasse d’un bar, en plein marché. Avec un dispositif simplifié mais efficace : un fond noir et un réflecteur lastolit, la lumière naturelle du soleil arrivant légèrement par derrière. Certes certes, mais… les modèles ??? Et bien c’est Thui qui se charge d’aller convaincre les passantes de venir poser un instant (la prise de vue dure quelques minutes). Et avec quel argument incitatif ??? Celui de repartir avec un tirage photo de 13×18 réalisé sur le champ avec une petite imprimante Canon. Et ??? Et ça marche !!! Incroyable ! Quand je vous parlais de bienveillance extraordinaire ! Ce qui n’enlève rien à la capacité de persuasion de Thui.🤪 Bien sûr certain(e) ont refusé mais à ce que j’ai vu, c’était plus pour des raisons de « programme personnel » : elle avait terminé le marché, tenait à bout de bras, des sacs et des sacs de marchandises et une poule et… était pressée de rentrer chez elle.
PS : J’aurais bien aimé comprendre les commentaires que les « modèles » exprimaient sur la séance studio et les photos qu’elles emportaient religieusement …